Les maisons coloniales
Les maisons coloniales sont très nombreuses en Nouvelle Calédonie.
Elles bénéficient d’un fort attachement de la population. On l'a bien
vu alors que la "maison Célières" tombait en décrépitude et était
squattée : beaucoup de calédoniens ont protesté et ont finalement
obligé les pouvoirs publics à trouver des solutions pour sauver ce
"monument".
Quelles sont leurs caractéristiques ?
Elles ont presque toujours une assise et une ossature centrale en dur,
briques, pierres et chaux ou béton cyclopéen. Certaines pourtant sont
totalement en bois et tôles. Il faut dire que, dans ce cas, elles
résistent moins bien aux dégradations du temps.
Beaucoup de maisons coloniales sont conçues avec une ou plusieurs
caves, comportant presque toujours des séparations. L’une sert de
cellier et de réserve à denrées ou encore de mûrisserie ; l’autre était
conçue comme une citerne pour l’eau de pluie, en raison de l’absence,
ou des insuffisances de l'eau de ville, lors de la construction. Mais
on y voit des ateliers ou des abris pour les outils ou les matériaux.
La partie en dur est faite de murs très épais ( 60 à 100 cm) ce qui
influence la température interne. Cette partie est toujours surélevée
pour abriter la maison des inondations et profiter d’un vide sanitaire
permettant de lutter contre la chaleur.
Autour du noyau central, sont rajoutées des vérandas, des salles de
détente, salon d’été, salle à manger, toujours agrémentées de
croisillons, de persiennes ou de verrières, parfois multicolores.
Les sols sont la plupart du temps en plancher.
La maison comporte parfois un étage avec véranda, assortie de rambardes
ouvragées. On y trouve des chambres, mais plus souvent un grenier
servant de remise à meubles ; plus rarement de grenier pour la ferme.
Les toitures sont très caractéristiques. Les décorations en tôles
découpées sont des frises, légères et simples, complétées par des
pignons ou des pseudo-paratonnerres. Les toits sont généralement à
quatre pans ; mais des contre-pentes protègent les vérandas. De plus,
on a souvent rajouté des faux-pigeonniers qui donnent à l’ensemble une
finition du plus bel effet.
Les marquises au-dessus de certaines portes et fenêtres ajoutent un élément de distinction.
On retrouve ce style colonial dans la plupart des colonies françaises,
notamment Réunion et Antilles, mais ce style a existé dans les états du
sud aux Etats Unis et dans l’Inde coloniale, avec des variantes
évidemment.
Une certaine poésie
Au-delà des caractéristiques techniques et purement architecturales, il
s'en dégage souvent une douceur de vie, une poésie, qui confine au
symbole "national". On a parfois le sentiment que, sous la véranda,
dans un fauteuil à bascule, va apparaître une jeune dame nostalgique en
robe à volants, agitant un éventail...
Certaines sont modestes mais le charme qui s'en dégage n'est pas moindre.
En Nouvelle Calédonie on connaît de très belles demeures coloniales. A
Nouméa, le musée de la ville ( ex-banque Marchand) est superbe.
Les plus fameuses se parent du nom pompeux de château... Château Hagen,
à Nouméa, Château Grimigni à Pouembout, Johnston à Muéo-Poya ou de
Résidence à Koné, à Moindou, Résidence Ballande à Nouméa.
Il y en a dans tous les villages de l’intérieur mais elles se dégradent
vite. A La Foa, Moindou, Fonwhari, Sarraméa, Bourail, Dumbéa, on peut
découvrir quelques beaux specimens, en cherchant un peu. A Nouméa, on a
pris conscience de l’intérêt de ce patrimoine et les particuliers aussi
bien que les pouvoirs publics participent à la sauvegarde des maisons
coloniales. La Vallée du Tir, la Vallée des Colons et le faubourg
Blanchot sont particulièrement riches.
Pourtant le feu, les cyclones et l’appétit des affairistes se
conjuguent pour les faire disparaître si on n’y prend pas garde. Mais
finalement c'est peut-être l'indifférence qui accompagnera la
disparition des maisons coloniales, car les plus proches de la
population sont, peut-être, celles qui sont modestes et peu visibles. Les
villages de Thio ou de Koné comportaient de beaux spécimens; ils ont
presque disparus de Koné et, à Thio, leur délabrement fait peine à
voir. Dans le nord de la côte est, on peut dire que les maisons
coloniales ont totalement disparu. Il faut réagir !
FFF
|