Connaissance de la Nouvelle Caledonie
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Connaissance de la Nouvelle Calédonie


HISTOIRE DE LA NOUVELLE CALEDONIE


I.A. PERIODES PRE-COOKIENNES


Les théories actuellement admises sur le peuplement de la Nouvelle Calédonie permettent de penser que les mélanésiens sont issus de peuples venus du sud est asiatique. Ce sont des populations noires expulsées sous la pression de populations mongoles il y a peut être 40.000 ans.

Ces peuples seraient passés par la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) d'où proviennent les variétés cultivées originellement en Nouvelle Calédonie en ce qui concerne ignames, taros, cannes à sucre, bananiers.

On suppose que cette vague migratoire serait passée en PNG vers 5000 avant JC, et serait arrivée en Nlle Calédonie vers 1000 avant JC. Il est probable également que des flux venant de l'est (Fidji, Tonga) soient arrivés en Nlle Calédonie vers 500 après JC.

Les vestiges humains les plus anciens que l'on trouve en Nouvelle Calédonie sont des poteries céramiques " lapita ". Les plus anciennes sont datées de 2000 avant JC. (2060 av. JC - site KVO-003 Vatcha, île des Pins, Frimigacci, 1970) Elles ont été découvertes principalement à l'île des Pins et sur la côte ouest.
" Lapita " est un lieu-dit de la presqu'île de Foué (Koné) où ont été mis à jour les premiers vestiges. Près de ce site ont d'ailleurs été mises à jour en 1996 des céramiques cassées mais presque entières par une équipe dirigée par Christophe Sand.

(De tels sites sont assez nombreux; un autre est daté 1215 av. JC. : Site WPT-055 Ton 7, Naïa ; Smart, 1969)

La fabrication de ces céramiques lapita est presque certaine jusqu'à 210 après JC. Mais on sait qu'à l'arrivée de Cook, la technique de céramique lapita a disparu. On suppose donc que les fabricants-utilisateurs de ces poteries ne sont pas les mêmes que ceux qui peuplent aujourd'hui la Nouvelle Calédonie.

Les céramiques lapita se retrouvent dans une partie assez large du Pacifique ouest.

Les mélanésiens peuplant l'archipel à l'arrivée des européens seraient donc issus de vagues plus tardives.

On trouve aussi deux autres formes de poteries céramiques : les céramiques au battoir dont la fabrication irait jusqu'au 16è siècle et les céramiques mangaasi qui sont propres à la Nlle Calédonie.

Les mélanésiens actuels (Papouasie NG, Salomon, Vanuatu, Nlle Calédonie) produisaient à l'arrivée des blancs, une poterie dont ils faisaient des marmites, jarres et récipients divers, qui avaient attiré l'attention de Cook, mais leur technique est très différente.

A la même époque ils pratiquent une technique avancée dans l'art de la pierre polie (armes, herminette, hache ostensoir).

On en est donc à considérer que le peuplement mélanésien, tel qu'on le connaît aujourd'hui, n'est pas antérieur à 2000 avant JC.

Des relations avec les polynésiens ont sans doute eu lieu dans les périodes pré-cookiennes, en particulier entre Wallis et Ouvéa.( Ouvéa est le nom polynésien de Wallis). Il n'en reste pas de marques tangibles évidentes. Mais la légende parle de visites polynésiennes, notamment aux îles Loyauté.

Les autres éléments préhistoriques que l'on trouve sont les tumulus et les pétroglyphes. Plusieurs grottes sont décorées de dessins pariétaux.

Les tumulus sont des dômes de terre enchâssant un cylindre d'éléments calcaires. Les éléments calcaires sont parfois, mais très rarement, d'origine humaine (squelettes, restes de coquillages). Leur datation est contradictoire. Si bien que l'on navigue actuellement dans les hypothèses, certaines étant farfelues (martiens et autres).

On en trouve à l'île des Pins et sur la Grande Terre en grand nombre.

Les pétroglyphes sont des incisions réalisées dans la pierre sur la base de dessins géométriques et parfois anthropomorphes. On en trouve beaucoup en Nlle Calédonie et dans la plus grande partie du Pacifique.

Monin et Sand ont publié (2004) un esai de synthèse sur ce thème, mais restent très prudents sur la datation, la signification et les auteurs des pétroglyphes.

L'étude de la préhistoire calédonienne n'a commencé qu'en 1952 .On ne doit donc pas être étonné des grandes zones d'incertitude que l'on trouve dans cette étude. Ce que l'on pense aujourd'hui sur ces sujets va notablement évoluer en fonction des futures découvertes

I.B. LA DECOUVERTE

En 1595, un espagnol, Mendana, découvre une partie des îles Marquises. En 1606, Quiros un portugais, passe à proximité de Tahiti et, peu après, il découvre l'île de Espiritu Santo. En 1642, Tasman, hollandais, découvre la Tasmanie. En 1688 et en 1700, un corsaire anglais du nom de Dampierre, réalise une expédition en Australie . En 1722 un hollandais, Roggeveen mouille à Makatéa. En 1767 Wallis, anglais, sillonne le Pacifique.

On se rend compte que les grandes puissances maritimes européennes commencent dès lors à manifester un grand intérêt pour l'immense océan Pacifique. Elles ne peuvent pas se permettre d'en être absentes.

En particulier , la France ne peut pas imaginer de laisser le champ libre à son adversaire sur tous les océans et sur tous les continents, la Grande Bretagne.

Louis XV et Choiseul, confient donc à Louis Antoine de Bougainville (1729-1811) une expédition autour du monde (1766-1769) qui eut un énorme retentissement. On peut supposer que les rapports qu'il établit servirent de base à la politique française dans l'océan Pacifique. Il découvrit à cette occasion plusieurs îles de Polynésie, de Samoa, de Salomon et de Vanuatu.

Bien entendu, les britanniques et les autres ne restent pas inactifs pendant cette période.

James Cook (1728-1779),
qui avait fait un premier voyage dans le Pacifique pour observer le passage de Vénus (1768-1771), entreprend un second voyage, à bord de la Resolution, accompagnée de l'Adventure, à la recherche d'un continent hypothétique. (1772-1775)

Il découvre de très nombreuses îles et arrive en vue des côtes de la Nouvelle Calédonie le 4 septembre 1774 en fin d'après midi.

Cook donne au premier pic aperçu (et au cap le plus remarquable), le nom de la vigie qui l'a vu, Colnett. Il croise au large toute la nuit et le lendemain 5 septembre, il descend à terre et rencontre les habitants. Il a une bonne opinion des habitants.

Il reconnaît l'île des Pins le 26 septembre.

En avril 1788, Lapérouse fait escale à Botany Bay (près de Sydney) où les britanniques sont implantés.

On sait que les Etats Unis d'Amérique on proclamé leur indépendance le 4 juillet 1776, et que la guerre d'indépendance vient de se terminer par les traités de Paris et de Versailles (1783).

La Grande Bretagne est impatiente de trouver de nouveaux établissements.

Lapérouse doit se dire qu'il est urgent d'en faire autant pour la France dans cette région. Il décide de reconnaître la côte ouest de la Nouvelle Calédonie. On retrouvera les traces de son naufrage à Vanikoro (Salomon) où il est sans doute mort en 1788. La disparition de Lapérouse est durement ressentie en France (On sait qu'au moment de partir pour l'échafaud, Louis XVI demande si l'on a des nouvelles de M. de Lapérouse ! ) et l'on envoie une expédition à sa recherche. Sous le commandement de l'amiral Bruny d'Entrecasteaux, elle est composée de deux navires, la Recherche et l'Espérance.
En avril 1793, il touche Balade. Il déclare qu'il est mal reçu et que les habitants sont en mauvaise santé et voleurs. Son second, Huon de Kermadec y meurt. Il quitte la région pour se diriger vers les Salomon, en passant près de Vanikoro sans s'y arrêter, alors que deux survivants de l'expédition Lapérouse y sont encore.

D'Entrecasteaux meurt près de la Nouvelle Guinée.(20/07/93)

Après cela il n'y a plus rien de très notable dans la région pendant une très longue période. Il faut dire qu'en Europe, la révolution française et l'arrivée sur la scène politique de Napoléon Bonaparte, secouent considérablement les grandes puissances européennes qui ont autre chose à faire que de courir à travers le Pacifique.

Cela ne veut pas dire qu'il ne s'y passe rien. Par exemple, l'épisode de la Bounty qui se déroule partiellement jusqu'aux Nouvelles Hébrides, se situe entre 1788 et 1793.

Les protestants de la London Missionary Society (LMS) sont très actifs dans le Pacifique, aux Gambier (1797) ou à Tahiti (1812), et ailleurs bien entendu.

Et puis, on peut être certain que des aventuriers de toutes sortes sillonnent la région pour faire la pêche (baleine, biche de mer), du troc (santal), ou à la recherche d'or ou de tous les autres mirages de l'époque. Ces aventuriers là sont toujours très discrets sur ce qu'ils font et sur ce qu'ils voient.

Par exemple, " les Loyauté furent découvertes en nov. 1793 par Raven, captain d'un transport anglais venant de Sydney qui donna à l'archipel le nom qu'il a conservé (Loyalty islands) "…. " La première relache certaine, très brève, eut lieu à Lifou en 1796 et fut également le fait de transports britanniques … ". Voilà des épisodes sur lesquels on ne sait pas grand chose.

Dumont d'Urville réalisera l'hydrographie partielle de ces îles en 1827 puis en 1840. Mais entre temps il n'y a guère de comptes-rendus de visites.

Pour ce qui est de la grande terre, on n'a pas beaucoup de récits non plus, pourtant … " le captain anglais Kent pénétra dans le lagon ouest en mai 1803. Il nomma la baie : Saint-Vincent (John Jervis, comte de Saint-Vincent, était premier lord de l'Amirauté) "….

A partir de 1840, des témoignages nombreux racontent pourtant les épisodes de certains de ces aventuriers. Plusieurs figurent dans nos cd rom.

Jules Dumont d'Urville (1790-1842) fait un premier voyage dans la région (1822-1825) à bord de la Coquille et procède au relevé de la Nouvelle Zélande. Au cours d'un second voyage pour retrouver les traces de Lapérouse , il visite, à bord de l'Astrolabe (1826-1829) l'Australie, la Nouvelle Zélande, la Nouvelle Calédonie, la Nouvelle Guinée. Il découvre les traces du naufrage et du massacre de Lapérouse à Vanikoro (Vanuatu).( 1828)

Dillon a bord du Research avait découvert aux Salomon (1827) quelques vestiges de Lapérouse.

Dumont d'Urville fait un troisième voyage à partir de 1837, à bord de l'Astrolabe et de la Zélée, il visite le Chili, la Tasmanie et découvre l'Antarctique et la Terre Adélie.

On voit bien que la région commence à être fréquentée.

Dans le processus de l'arrivée des européens, deux étapes importantes sont désormais réalisées : Les découvreurs ont joué leur rôle, les aventuriers rôdent aux alentours, il ne manque plus que les missionnaires…

Depuis quelques années déjà plusieurs missions sont installées en Polynésie. Dès 1830, on a constaté l'installation de missionnaires britanniques au Vanuatu. En 1837, des missionnaires maristes s'installent à Wallis ( R.P. Bataillon). Le 28 avril 1841, le père Chanel est massacré à Futuna.

La même année, 1841, des missionnaires anglais de la LMS sont signalés à Touaourou (Yaté).

Pour ce qui concerne les protestants, l'atlas de Nouvelle Calédonie établit la relation suivante :

….. " La célèbre London Missionary Society- plus connue sous le sigle LMS- avait évangélisé la Polynésie centrale depuis 1797. Dans les années 1830-40, la LMS était arrivée aux portes de la Mélanésie. Compte tenu de la distension de son champ de mission et de la pénurie de missionnaires britanniques, la LMS avait mis sur pied la méthode de l'évangélisation par catéchistes polynésiens interposés (" teachers ") , formés dans des sortes de séminaires (" natives agencies "). Ils devaient préparer le terrain pour les futurs pasteurs anglais. Dès 1839, l'apôtre de la LMS John Williams, échoue à Erromango, aux Nouvelles Hébrides, où il périt.

Le 12 mai 1840, le révérend Thomas Heath croisa au large de l'île des Pins et y déposa deux catéchistes samoans. Le grand chef Ti Toorou Vendegou fut enchanté de les accueillir car il avait entendu parler par des tongans réfugiés à Kunié des effets bénéfiques de la nouvelle religion. Mais il réclama un missionnaire blanc.

Cela fait, le pasteur Heath se rendit à la baie de Saint-Vincent. Il tenta d'y déposer deux catéchistes samoans mais il échoua, car ceux ci furent effrayés par la " barbarie " des indigènes.

L'année suivante, le révérend Murray déposa à Kounié deux nouveaux catéchistes. A la suite des missionnaires, des santaliers anglais de Sydney fréquentèrent l'île des Pins. Des heurts en résultèrent avec le grand chef et ses sujets, et de graves épidémies décimèrent la population. Rejetant la responsabilité de ces maux sur la nouvelle religion et les catéchistes, et, ulcéré de ne pouvoir obtenir l'affectation d'un missionnaire européen, le grand chef fit massacrer, le 1er nov. 1842 les catéchistes et l'équipage d'un navire santalier* à bord duquel ils s'étaient réfugiés. Dès lors les protestants abandonnèrent l'ile des Pins.

En Nouvelle Calédonie (Touaourou)

En 1841 et 1842, la LMS déposa à Touaourou, au sud est de la Grande Terre, quatre catéchistes qui furent bien accueillis. Deux survécurent. L'évangélisation fit de grands progrès mais les catéchistes en butte à l'hostilité du grand chef de Kounié, suzerain de Touaourou, durent être évacués peu de temps avant le massacre général des convertis par les Kouniés en 1845.

Aux iles Loyauté

La LMS connut par contre un succès complet aux îles Loyauté.

L'évangélisation commença à Maré, menée par des catéchistes samoans en 1841. De grand progrès furent réalisés à partir de 1849. La LMS y plaça deux pasteurs britanniques en 1854. Les catholiques maristes ne s'implantèrent qu'en 1866, mais Maré devait rester par la suite une île protestante.

A Lifou, à partir de juillet 1842, l'évangélisation fut entreprise avec succès par deux catéchistes rarotongans que d'autres vinrent rejoindre par la suite. Le premier missionnaire blanc ne débarqua qu'en 1859. L'arrivée de l'église anglicane et des maristes provoqua des conflits tribaux et confessionnels. La paix religieuse fut établie en 1871 et la majorité des habitants de Lifou resta protestante.

A Ouvéa la LMS n'eut pas les moyens d'implanter des catéchistes avant 1856 et un pasteur britannique avant 1864. Le catholicisme français mit à profit ce retard et, aujourd'hui, 30% à peine des habitants d'Ouvéa sont protestants.

Le succès de l'évangélisation menée aux Loyauté par les catéchistes polynésiens, qui contraste avec les échecs de l'ile des Pins et de Touaourou, ne paraît pouvoir s'expliquer que par une affinité plus grande de ces catéchistes avec les habitants des îles, fortement marqués par des influences polynésiennes. "

Pour ce qui concerne les catholiques :

Le 21 décembre 1843, Mgr Douarre débarque à Balade pour installer une mission. Il est arrivé par le Bucéphale, Commandant de la Ferrière. Il est accompagné puis rejoint par plusieurs religieux (Marmoiton, Taragnat, Montrouzier, Rougeyron, Viard).

Le Cdt de la Ferrière fait signer aux chefs de la région une déclaration de protection par la France. Cette formalité non prévue déplaît à Douarre.
Plusieurs bateaux feront escale dans les mois qui suivent.

Les relations entre Mgr Douarre et les mélanésiens ne sont pas bonnes. Une deuxième mission est installée à Pouébo.

Pendant cette première installation les religieux convertissent quelques mélanésiens et observent la population. Les conditions de vie sont très difficiles.

On sait que la nourriture locale se compose de taros, ignames, bananes, canne à sucre, quelques volailles, beaucoup d'oiseaux, des fruits, poissons, coquillages, roussettes. Cook a donné un couple de chiens, un couple de porcs, des poules mais personne ne les reverra jamais.

Une partie de la nourriture des missionnaires est importée d'Australie.

On possède quelques témoignages de cette période d'observation.

Balade doit être abandonnée suite à des attaques, Marmoiton est massacré (1847) ; suite à de nouvelles attaques Pouébo doit être abandonnée. Mgr Douarre est évacué (juil. 1847) à bord de la Brillante par le marquis du Bouzet.

En août 1848, le père Chatelet débarque à l'île des Pins et installe une mission à Vao.

Sur la côte est, un autre massacre a lieu celui des marins de l'Alcmène navire hydrographe. Nov.1850.

Pourtant Mgr Douarre et les maristes, malgré plusieurs tentatives infructueuses, arrivent à s'installer à nouveau à Balade et à Pouébo. ( mai 1851). Mais la situation n'est pas meilleure et Mgr Douarre est assassiné le 27 avril 1853 à Pouébo.

Donc, la période n'est pas du tout favorable et pourtant, le Gouvernement de Napoléon III donne l'ordre à l'amiral Febvrier-Despointes de prendre possession de la Nouvelle Calédonie.

Celui ci arrive à Balade à bord du Phoque le 24 septembre 1853 et prend possession de cette terre en présence des chefs de la région.

Il se rend ensuite à l'île des Pins où mouille déjà un navire anglais. Dans la nuit Febvrier Despointes s'entend avec Vendegou ,chef de l'île, auquel il fait signer l'acte de prise de possession et au matin du 29 septembre a lieu la cérémonie, à Vao.

Pour être sûr que ses instructions seront respectées, le gouvernement français a donné des ordres identiques à Tardy de Montravel qui, à bord de la Constantine, arrive à Balade le 9 janvier 1854 pour prendre possession de l'île !

Tardy de Montravel recherche un chef lieu et envisage Canala, puis la baie de Saint Vincent. Finalement, il découvre une belle et grande rade qu'il baptise Port de France, pour en faire la capitale de la Nouvelle Calédonie, le 23 juin 1854.

En Janvier 1860, un décret détache la Nouvelle Calédonie des Etablissements français d'Océanie.

La population européenne civile est de 432 personnes.

La première partie de l'histoire moderne de la Nouvelle Calédonie est bouclée. Une autre phase peut se développer.


I.C. LE TEMPS DES PIONNIERS 1863-1918

Maintenant que cette terre commence à se peupler et qu'elle est dotée d'une capitale, il faut conforter cette installation et organiser son développement. On a besoin d'hommes pour réaliser des travaux d'infrastructure. On a besoin de moyens techniques et de moyens financiers. Comme la vie s'organise et que les contraintes sont nulles, beaucoup de gens vont rêver de la vie nouvelle qu'ils espèrent se créer.

On va donc voir arriver des défricheurs, des utopistes, des aventuriers, des déportés, et aussi des individus normaux… des fonctionnaires, des militaires, etc…

Il faut comprendre l'esprit dans lequel peuvent se trouver, à ce moment là, les individus intéressés par la Nouvelle Calédonie.

Sur cette terre vierge, il n'y a rien ; les rêves et les espoirs sont illimités, surtout que tous ces arrivants sont très marqués par les formidables aventures qui sont en train de se vivre aux Etats Unis et qui commencent à émerger en Australie. Ajoutons à cela que Napoléon III a donné une forte impulsion au développement industriel et que cela a fait naître un esprit nouveau dans une France qui croit à un nouvel empire…

C'est à ce moment que le hasard va influencer considérablement l'évolution de la Nouvelle Calédonie.

En 1852, Napoléon III a créé une colonie pénitentiaire en Guyane, partiellement pour engager le développement économique. Toujours dans le même esprit, un décret impérial du 2 septembre 1863 crée un bagne en Nouvelle Calédonie.

On peut être surpris aujourd'hui, d'apprendre que le développement d'un pays soit engagé sur la base de la déportation pénale. Mais la Grande Bretagne a fait la même chose en Australie ( première colonie pénitentiaire à Port Jackson, 1788) et plus récemment, l' URSS, continuant la politique précédemment opérée par les tsars, réalise des travaux en Sibérie à partir de 1918 avec des déportés ; puis réactivation de la politique de déportation en Sibérie à partir de 1930 (Goulag).

Donc, la création du bagne fournit une main d'œuvre à bon marché à la Nouvelle Calédonie, pays en développement.

Pratiquement en même temps, puisqu'il arrive en novembre 1863, un jeune ingénieur Jules Garnier est envoyé en mission en Nouvelle Calédonie pour vérifier si l'île recèle de l'or.

Il y fait une découverte exceptionnelle, du nickel sous forme de garniérite.

Voilà deux événements considérables, mais l'évolution de la Nouvelle Calédonie en comporte beaucoup d'autres.

a). LE BAGNE

La première arrivée de forçats a lieu le 9 mai 1864; 248 condamnés débarquent de l'Iphigénie. En 1869 ils sont 2.600 ; ils sont d'abord installés à l'ile Nou puis d'autres camps sont créés à Bourail, Canala, Camp Brun, île des Pins, Prony.

En 1875, ils sont environ 6.000, et 9.997 en 1885. Michel Pierre déclare qu'en 1898, la Nouvelle Calédonie compte 12.732 habitants d'origine pénale, soit la moitié de la population blanche et ¼ de la population totale.

L'administration pénitentiaire est devenu un véritable état dans l'état. Elle possède 31.700 hectares en 1882 et 110.000 hectares en 1895.

Différentes catégories de condamnés coexistent, à coté des " travaux forcés " il y a aussi des relégués multirécidivistes.

Les libérés peuvent se marier avec des femmes condamnées et fonder une famille.

L'administration pénitentiaire fournit aux administrations et aux entreprises des "corvées", qui sont des groupes de travailleurs condamnés, qui ne coûtent que des sommes dérisoires. Cette administration abuse de cette faculté et accorde des privilèges, qui sont dénoncés, mais qui renforcent considérablement ses pouvoirs occultes.

A l'inverse, il y a dans les condamnés des ouvriers et des techniciens de valeur et leur apport est particulièrement attrayant ; l'administration pénitentiaire possède une fonderie, plusieurs briquetteries, tous les corps de métiers, une imprimerie, des fours à chaux, des chantiers navals etc…. etc…

Leur travail permet de mettre en place les premières infrastructures, bâtiments, routes, port, hôpitaux, et, de ce point de vue, leur présence a été très profitable. Une partie de la population a longtemps gardé une blessure de ces origines. Il semble pourtant que les traces en ont aujourd'hui disparu.

En 1894, le gouverneur Feillet veut organiser l'immigration et estime que " le robinet d'eau sale a assez coulé " ; il demande la fin de la déportation pénale. A partir de 1898 il n'y a plus d'arrivées de condamnés.

21.700 forçats auront été transportés en Nouvelle Calédonie depuis 1864. (L.J.Barbançon)

b). LA DEPORTATION

En France, la défaite de Sedan (1870), a conduit à la proclamation de la république et à la mise en place du gouvernement Thiers. Mais les révolutionnaires, ouvriers et utopistes, profitent du départ du gouvernement à Versailles, pour élire un gouvernement révolutionnaire, la Commune de Paris.(1871)

La commune est écrasée par les " versaillais " et les responsables politiques de la commune sont condamnés et déportés.

A partir de 1872, il en arrive au total 4166, dont près de 3000 sont installés à l'île des Pins.

Les plus célèbres sont : Henri de Rochefort et Louise Michel. Il y a beaucoup d'intellectuels parmi eux et leur séjour est émaillé d'anecdotes remarquables.
Tous les détails figurent dans le cd-rom : La collection Lucien Scheler sur la Commune de Paris.

Dans la même catégorie, on a l'habitude de classer des déportés politiques kabyles, au nombre de 90, et des déportés alsaciens-lorrains (1872-1873)

L'amnistie politique est votée en 1880.

c). DE GUILLAIN à FEILLET

Ces gouverneurs organisent l'immigration et veulent peupler la Nouvelle Calédonie.

Le Gouverneur Guillain arrive en juin 1862. C'est un saint simonien.

(Saint-Simon (1760-1825) préconise une doctrine socialiste dans laquelle il veut réorganiser la société en donnant la préférence aux producteurs et en réduisant le rôle de l'état. Ses adeptes eurent une réelle influence intellectuelle et ils mirent en place des communautés, les phalanstères, qui devaient changer les relations sociales.)

Guillain facilite l'installation d'un phalanstère à Yaté, mais l'expérience échoue lamentablement.

Guillain quitte la Nouvelle Calédonie en mars 1870. Le pays restera très marqué par son séjour pendant lequel :

La Nouvelle Calédonie est dotée d'un statut autonome, elle n'est plus rattachée aux établissements français d'Océanie. Guillain met en place les premiers services administratifs.

Port-de-France a été rebaptisé Nouméa en JUIN 1866.

Le plan de la ville avait été dessiné en 1855 par le commandant Coffyn, mais la réalisation n'avançait guère. Guillain va lancer les premières réalisations et démarrer l'arasement de la butte Conneau (hôpital actuel) pour procéder à des remblais.

Il met en place une organisation judiciaire et réglemente l'immigration.

Il ouvre des écoles publiques et crée les premières communes.

Guillain va réglementer les affaires indigènes. Définition de la tribu et des réserves, du rôle du chef, attribution des terres de réserves ; les autres terres libres appartenant à l'état.

Guillain détermine les règles d'attribution des terres aux colons ( arr. 5/10/1862). Petit à petit cela incitera l'immigration et l'installation de colons. En particulier, entre 1864 et 1870, des réunionnais et leurs employés (Coolies et malabars) vont s'installer pour des essais de sucre, de café et de coton.

Les néo-hébridais viendront très nombreux pour travailler sur les exploitations.

De sérieux excès sont commis sous l'autorité de Guillain:
à l'égard des mélanésiens qui sont dépossédés et parfois maltraités . Ils se plaignent des dégâts causés par le bétail à leurs cultures, ainsi que d'être souvent mal, ou pas du tout, payés de leurs travaux.
Mais aux îles Loyauté les rebellions ont surtout pour origine des querelles claniques ou bien les ambitions des représentants des religions catholique et protestante.

Ils se révoltent plusieurs fois entre 1863 et 1869.

Abus aussi dans les attributions gratuites de terres et dans les autorisations d'utilisation de main d'œuvre pénale.

Si bien que le gouvernement en fera le reproche à Guillain, qui tombera en disgrâce et quittera le pays en mars 1870.

D'après l'encyclopédie de la Nouvelle Calédonie (Tome 6), en 1872 le nombre de propriétaires est de 402 personnes. 105.000 hectares ont été distribués. 14 propriétaires se partagent 56% des terres distribuées.

Après Guillain se succéderont Gaultier de la Richerie, Alleyron , Pritzbuer, Olry, Courbet et Pallu de la Barrière, qui lui même quitte la Nlle Calédonie en mai 1884.

Six gouverneurs, en quatorze années, quand on sait qu'il faut plus de trois mois de transport pour rejoindre le poste !

Mais il faut se rappeler qu'en métropole, l'empire a disparu, la république est tiraillée entre plusieurs courants et les royalistes sont toujours très influents. Cela explique partiellement ces changements multiples.

Cette instabilité n'empêche pas les choses d'évoluer :
De la Richerie crée les premiers impôts ; la population réclame un conseil colonial. (1872/1873)

Alleyron crée un conseil municipal à Nouméa et nomme M. Pelletier, Maire.

Pritzbuer fait signer le décret du 12 décembre 1874, qui organise les pouvoirs du gouverneur et crée un conseil privé ; ce décret restera en vigueur, au moins partiellement jusque dans les années 1980 !

Toujours en 1874, une banque locale est créée, avec privilège d'émission. Elle est très mal gérée, fait de mauvaises affaires notamment dans les mines de nickel avec Higginson, et la faillite est prononcée en novembre 1877. Elle était installée dans des locaux qui deviendront ultérieurement la mairie de Nouméa, puis le musée de la ville.

Olry séjourne en Nouvelle Calédonie de 1878 à 1880. C'est sous son gouvernorat qu'aura lieu la révolte de 1878, qui sera examinée plus loin.

Olry fut très apprécié.

Nouméa devient une commune de plein exercice (1879) (hormis les pouvoirs de police) et le premier maire élu est J.B.Désarnaulds. Olry crée un conseil général consultatif non élu.

Neuf commissions municipales sont créées dans l'intérieur :

Dumbéa, Païta, St. Vincent, Bouloupari, Moindou, Ouégoa, Houailou, Canala, Ponérihouen. Ces commissions municipales sont élues par la population.

La révolte de 1878

1. Les Faits

Le Gouverneur Olry arrive à Nouméa en Avril 1878.

Depuis de nombreuses années des conflits opposent les colons et les canaques à propos des terres. Les canaques veulent utiliser les terres inoccupées pour leurs cultures vivrières ; ils se plaignent des déprédations du bétail des colons.

Les colons ont eu l'autorisation de faire paître leurs bestiaux sur les terres non attribuées et les mélanésiens y réalisent souvent des cultures ; c'est une tolérance.

Les administrations paient mal et tardivement les réquisitions de main d'œuvre autochtone pour les routes.

Les canaques partagés entre pro et anti français utilisent les uns et les autres pour régler leurs différends claniques.

L'assassinat d'un déporté libéré, gardien de propriété à Ouaménie (Bouloupari), sert de détonateur à une puissante révolte. La recherche des assassins est menée maladroitement et plusieurs chefs sont emprisonnés.

La révolte s'enclenche : 39 civils et 3 gendarmes sont tués à La Foa le 25 juin 1878.

Le lendemain Ataï avec plusieurs centaines d'hommes, attaque Bouloupari où une soixantaine de personnes sont assassinées.

L'armée s'est assurée le concours de tribus pro-françaises et engage les opérations.

Des canaques sont tués à Dumbéa, mais d'autres colons sont tués à Moindou. Le Colonel Gally-Passebosc est tué près de La Foa.

Début septembre Ataï est encerclé par l'armée, puis tué par un canaque.

A Poya 26 colons européens sont tués.

De nombreuses attaques ont lieu encore contre les villages et les fermes autour de Bourail, Moindou, Thio, La Foa. Les répressions et les incendies de tribus sont aussi nombreux et sévères. En octobre, le successeur de Ataï est tué à La Foa.

L'armée et ses alliés reprennent les choses en mains.

La lutte continue de façon sporadique en 1879, mais en 1880 le calme est revenu.

On pense que 200 européens et 1000 mélanésiens furent tués pendant ces révoltes, mais ce dernier chiffre est contesté comme excessif.

2. Les Causes.

Le gouvernement métropolitain ordonne une enquête confiée au Général de Trentinian.

Cette enquête est sans doute un peu favorable aux militaires, mais elle a le mérite d'exister.

Elle considère que les principales causes sont :

Les spoliations de terres indigènes ;

Les dégradations du bétail ;

Les réquisitions abusives de main d'œuvre ;

Les paiements tardifs et ne respectant pas les conventions ;

Le peu d'intérêt des autorités pour les affaires indigènes ;

etc…

Plusieurs foyers de révolte se sont manifestés et on peut supposer que tous n'obéissaient pas exactement aux mêmes motivations. Mais il est probable que dans cette liste se trouve l'essentiel des causes réelles de l'exaspération des canaques.



Le cd-rom "Histoire et Géographie de la Nouvelle Calédonie" (éditions Aster du Caillou) comporte de très nombreux compléments sur les périodes suivantes, ainsi que des dossiers thématiques. Il est abondamment illustré.

***


Conçu et réalisé par Fernand Jammes, BP 160 Nouméa 98845
e-mail : asterducaillou@lagoon.nc

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