L'igname (nom féminin) est une Dioscoréacée monocotylédonée dont la région d'origine n'a pas encore pu être précisée. Elle semble connue des peuples de tous les pays tropicaux, depuis les temps les plus reculés.
L'igname est une plante herbacée à tige volubile, inerme ou épineuse, de section cylindrique ou anguleuse, qui comporte une partie vivace, souterraine ou non, et une partie caduque, aérienne, plus mince. Les feuilles sont alternes ou opposées, glabres, cordiformes.
diverses variétés
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A leur aisselle se développent souvent des bulbilles pouvant servir à la multiplication. Les tubercules, qui se forment, solitaires ou en faisceaux digités, constituent la partie comestible de la plante; ils sont cylindriques, sphériques ou lobulés, de couleur brune, mais la chair qu'ils contiennent est blanche, jaune, gris-bleue ou rougeâtre. Leur poids varie de 3 à 5 kg; en terrain meuble et profond, ils peuvent atteindre 15 kg. Les fruits, succédant à de petites fleurs blanches, verdâtres ou pourprées, disposées en grappes ou en épis, sont des capsules à trois loges contenant chacune deux graines. Certaines espèces d'igname sont dioïques, (sexes séparés) d'autres sont monoïques. Plusieurs espèces produisent des tubercules vénéneux.
bulbilles
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Les variétés d'igname sont très nombreuses, elles diffèrent entre elles par la section et l'aspect extérieur des tiges, par la forme des feuilles et leur position sur la tige, par la couleur brune, rouge, jaune, rosée, grise ou noire des tubercules et par leur teneur en principes vénéneux.
L'igname se plaît dans des sols sablo-argileux, riches en potasse, profonds et perméables; dans les terres trop lourdes, les tubercules ne se développent que médiocrement. Un dépérissemnt des tiges, imputable vraisemblablement à l'insuffisance des disponibilités en eau, s'observe souvent dans les cultures situées au sommet des pentes. Un climat humide et chaud est nécessaire pour que la plante croisse vigoureusement.
Importance alimentaire
C'est, avec le manioc et les patates, la culture tropicale la plus indiquée pour produire des matières amylacées en pays chauds. La composition se rapproche de celle de la pomme de terre, avec toutefois une richesse plus grande en matières azotées. Aussi, dans beaucoup de pays tropicaux, l'igname est-elle fort appréciée et elle remplace avantageusement la pomme de terre.
diverses variétés
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Les ignames fournissent une chair farineuse blanche ou légèrement teintée suivant la variété. Elles se consomment cuites, braisées, étuvées ou frites. Leurs qualités gustatives varient également beaucoup d'une variété à l'autre et certaines constituent un aliment très agréable. La fécule d'igname, très fine, est d'une extraction difficile.
L’igname est une plante alimentaire de première importance en Afrique de l’Ouest. Cette région du globe représente à elle seule environ 90 pour cent de la production mondiale, dont l’essentiel est consommé localement. C’est aussi un aliment primordial en Mélanésie.
Parmi les espèces d’ignames alimentaires du genre Dioscorea cultivées en Afrique de l’Ouest, le complexe Dioscorea cayenensis - Dioscorea rotundata reste le plus répandu, autant en ce qui concerne les volumes de production que la diversité variétale.
Il en existe au moins 130 espèces. Seules 7 espèces sur ces 130 sont comestibles, les autres, toxiques, sont plutôt utilisées en pharmacologie.
diverses variétés
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Le tubercule, suivant les espèces, peut être unique ou comporter plusieurs tubercules associés. L’igname est principalement cultivée sous climat tropical mais il existe des exploitations en pays tempérés. En France (Loire) ce type de culture se développe pour répondre à une demande des populations africaine et antillaise installées sur son territoire.
En Nouvelle-Calédonie
(extrait de : www.symbiose.asso.nc/res_local/bioveg/igname.html )
La culture de l’igname à une grande importance, d’une part parce qu’elle est très présente dans l’alimentation de la population mais aussi parce qu’elle est essentielle dans les rites coutumiers (mariage, naissance, inauguration…).
vestiges de billons anciens
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Ceci implique une double demande sur le territoire et surtout sur Nouméa :
1. des ignames de petite taille pour la consommation : l’igname restant d’un prix élevé, les consommateurs préfèrent acheter de petits tubercules ;
2. des ignames de grande taille uniquement pour la coutume ;
L’igname Dioscorea allata est la plus commune sur le territoire. Ce sont ces variétés qui sont cultivées et notamment, au Lycée agricole de Nouvelle Calédonie, les variétés Nouméa Rouge et Tiawata.
Sur la commune de Païta, il existe un Conservatoire de l’igname, dépendant du Sénat Coutumier, qui cultive 119 variétés d’ignames. Ces variétés peuvent être multipliées pour la vente aux agriculteurs ou aux particuliers.
champ traditionnel actuel
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Le cycle biologique de l’igname cultivée :
De juin à juillet c’est la récolte de l’igname, une partie sera vendue, l’autre servira de semences pour la prochaine culture. Les ignames peuvent être tronçonnées en semenceaux (100 à 200g), la taille de la future igname étant proportionnelle à la taille de la semence (ou du semenceau).
Ces semences sont ensuite stockées dans un entrepôt obscur, réfrigéré (13-17°C) et ventilé (période de quiescence ou de dormance).
D’août à septembre c’est la mise en culture des semences et semenceaux (écorce contre terre) des variétés tardives.
Octobre à novembre correspondent à la mise en culture des variétés précoces.
Développement jusqu’en juin du tubercule qui sera suivi d’une nouvelle récolte.
Les exigences de l’igname sont multiples.
le moment de la récolte
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Le sol doit être peu argileux (20 à 30% d’argile au maximum) et associé à des particules sableuses qui sont nécessaires au développement du tubercule en profondeur (afin d’éviter sa déformation).
Le travail du sol va le rendre plus fin et permettre une bonne intégration de la matière organique :
- décompactage en profondeur à 50 cm ;
- labour (35 cm) qui enfouit la matière organique ;
- reprise du labour pour affiner les mottes de terre ;
- préparation de billons (monticules de terre en demi-cylindre) ;
ceci grâce à des une machine munie de disques qui permettent de remonter la terre et d’augmenter la profondeur, facilitant ainsi la croissance du tubercule.
La plantation des semences se fait manuellement à une profondeur de 10 à 15 cm, chacune espacée de 30 à 35 cm.
On effectue l’arrosage (par des tourniquets à gouttes) 30 minutes après la plantation, pour tasser les billons.
la récolte
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L’apport d’eau au cours de la culture est de 900 mm. L’apport d’eau est nécessaire au cours de la germination et de la tubérisation. Par contre, en fin de tubérisation, un excès d’eau peut entraîner un ralentissement du développement (visible par un étranglement du tubercule) voire, la mort de la plante.
La culture est sensible au vent, il y a alors pose d’un tuteurage jusqu’à 1m20 de haut (n’oublions pas que l’igname est une liane).
L’igname demande à être cultivée au soleil (espèce héliophile), en dessous de 13°C des problèmes de croissance peuvent apparaître.
La culture à besoin d’éléments minéraux (N, P, K) qui lui sont apportés par des fertilisants.
Enfin, la réalisation d’un paillage (foin ou plastiques spéciaux) permet de garder l’humidité, de limiter le développement des mauvaises herbes et d’empêcher que les feuilles ne soient brûlées au contact du sol.
L’igname en culture n’est pas à l’abri des parasites de toutes sortes mais des moyens de lutte existent.
L’anthracnose est une maladie qui entraîne des taches de nécroses sur les feuilles, la
Nouméa Rouge y est moins sensible que la Tiawata (utilisation de fongicides).
importance alimentaire
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L’igname peut aussi contracter des viroses (relativement rare). Les cultures sont alors brûlées.
Des insectes tels les chenilles ou les pucerons vont attaquer l’appareil foliaire (utilisation d’insecticides).
Des vers (nématodes) peuvent entraîner des gales sur les tubercules. Enfin les mauvaises herbes comme l’herbe à oignon (capable de traverser le tubercule) et les sensitives, peuvent être néfastes (utilisation d’herbicide).
L’igname dans la tradition kanak.
Une grande partie de la tradition kanak est construite autour du cycle végétatif de l’igname. Cette plante constitue la base de la nourriture, encore aujourd’hui. Ses qualités gustatives sont éminentes et le tubercule est associé à différents mets qui font évoluer son goût ; celui ci varie encore selon les périodes de l’année et selon les variétés. La valeur nourricière est renforcée par tous les travaux qu’il a fallu réaliser pour obtenir cet aliment, la sueur, les gestes, le temps, les intempéries, les incantations prononcées etc…
Les travaux commencent par le choix d’un terrain effectué avec réflexion, en appelant la bienveillance des ancêtres. Ce lopin est défriché par le feu porteur de vertus magiques, car il porte des engrais, réchauffe la terre et appelle le soleil. On voit combien il est difficile d’inculquer aujourd’hui une culture « occidentale » qui déclare que le feu est malfaisant pour la nature (!) à des gens qui ont été élevés dans l’esprit inverse.
importance alimentaire
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Le sol est ameubli à l’aide de pieux d’un bois spécial, on dispose également de pelles de bois. Puis des trous sont creusés et le tubercule est mis en terre en juin ou juillet. Dans différents endroits du champ sont cachées des pierres magiques qui protègent la plantation ainsi que des liens d’herbes qui maintiennent à proximité les dieux favorables au clan. Ces liens marquent aussi l’interdiction faite aux étrangers de venir dans ce champ.
A Lifou, cette époque de plantation correspond à l’arrivée des baleines qui viennent mettre bas dans la baie de Santal. Mais également, cette époque permet un enracinement suffisant avant les grandes pluies cycloniques.
Dès la sortie des premiers bourgeons, les tuteurs sont mis en place.
Alors commence une période pendant laquelle le risque de famine est grand, puisque de août à mars les réserves diminuent sans possibilité de remplacement. Alors, symboliquement, on apporte des offrandes au grand chef pour qu’il ne manque pas de nourriture. Des repas rituels sont organisés sur la base de certaines plantes pour bien montrer que l’on s’organise pour lutter contre la disette.
Les ignames nouvelles ne seront récoltées qu’à la lune de mars lorsque apparaît la constellation des Pléïades. Ce sont des vieux qui bénéficient des premières récoltes faites très discrètement pour vérifier que le temps est bien venu. Le responsable rituel de la récolte va alors récolter une igname symbole, la fait cuire, en mange une partie et donne l’autre à goûter au grand chef. Celui ci déclare alors ouverte la période de la récolte. Une première cérémonie réunit les hommes autour de l’igname nouvelle au cours de laquelle sont prononcés des discours qui développent encore le mysticisme et la poésie de l’igname.
offrande coutumière en 1920
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Deux semaines plus tard, une nouvelle cérémonie, permet à tous les clans de venir apporter leurs offrandes au grand chef selon un cérémoniel précis qui revêt un caractère quasi religieux et est accompagné de nouveaux discours.
Certains curés s’étaient opposés à ces cérémonies qu’ils estimaient païennes et dont la liturgie paraissait trop puissante.
Les séquences de la culture de l’igname rythment, comme on le voit, la vie de la tribu et servent de repères, de calendrier, pour des gens qui n’en possèdent pas.
Les premiers immigrants, arrivant en Nouvelle Calédonie sur des pirogues, étaient porteurs de leurs vivres, donc de leurs ignames; c'est ce qui leur a permis de survivre à un voyage long, incertain et semé d'embûches. Ce sont ces tubercules qui ont également servi à ensemencer les premiers champs de subsistance. Il est probable que dans l'inconscient collectif un attachement extrêmement puissant en est résulté. Il n'y a rien d'étonnant à cela : la nourriture de base des premiers chrétiens étant le pain, celui ci est devenu dans la liturgie chrétienne le corps de Christ; là encore sanctification. Cette comparaison permet de mieux approcher les liens « religieux » qui existent entre le kanak et l’igname.