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Connaissance de la Nouvelle Calédonie
LE STATUT POLITIQUE DE LA NOUVELLE CALEDONIE
Depuis 1946, la Nouvelle Calédonie faisait partie des
Territoires d'Outre Mer de la république, régis par le titre XII de la
Constitution.
A la suite des graves événements de la période 1984/1989, la République
Française, par référendum, a instauré un dispositif spécial pour mettre
en place une organisation originale pour la Nouvelle Calédonie ainsi
que cela résultait des accords de Matignon puis de Nouméa. Ces accords
de Nouméa sont si importants que le Conseil Constitutionnel leur a
reconnu le caractère "constituant" puisque leur contenu s'impose à la
loi organique.
Dans la constitution, le régime politique de la Nouvelle Calédonie est
désormais déterminé par le titre XIII dénommé "Dispositions
transitoires relatives à la Nouvelle Calédonie".
A la suite d'une modification constitutionnelle, (20 juillet 1998) la
population néo-calédonienne approuve ce dispositif par le référendum du
8 novembre 1998 (71,86% de OUI).
Le Parlement a alors voté deux lois : la loi organique et la loi
"ordinaire" du 19 mars 1999 qui mettent en place le régime juridique
découlant de ces décisions.
Cet ensemble de règles est particulièrement complexe et il prévoit des
mesures qui, pour certaines, n'avaient jamais été appliquées ailleurs.
En particulier, cet accord de Nouméa est reconnu comme "constituant"
par le Conseil Constitutionnel, la Constitution de la République est
modifiée, et un régime spécial et transitoire est instauré, susceptible
de conduire à l'indépendance, que la République accepte d'ores et déjà
de reconnaitre si elle se décide démocratiquement.
Il n'est pas question de les analyser ici en détail. Toutefois, on
trouvera ci-après, des présentations simplifiées concernant les
domaines principaux de l'organisation politique pour que chacun puisse
comprendre l'essentiel.
HISTORIQUE
La Nouvelle Calédonie connaît de nombreux statuts depuis 1853. Seule la
loi-cadre, 1956/1957, est réellement novatrice. Les mélanésiens qui
n'obtiennent des droits civiques complets qu'en 1957 se considèrent
comme laissés pour compte dans leur propre pays. Les composantes
sociologiques sont très contrastées.
Période 1984/1988, climat de guerre civile. Rocard/Lafleur/Tjibaou.
Accords de Matignon. Les mots-clés sont : Partage/ Consensus.
Loi de novembre 1988 : Choisir librement son destin dans 10 ans. Collège électoral aménagé.
Les provinces ont de réels pouvoirs et des moyens financiers. Le congrès est rabaissé.
Les 3 parties (Etat, FLNKS, RPCR), pour éviter un " référendum couperet
", concluent l'accord de Nouméa qui sera largement approuvé ( 8
novembre 1998).
En 2009, pour mettre en oeuvre les transferts de compétence prévus, les
représentants calédoniens négocient pied à pied les modalités du
soutien de l'état. Cela fait l'objet d'une loi organique et d'une loi
simple du 3 août 2009.
LES COMPETENCES
1 L'ETAT est seul compétent dans les matières qui constituent le socle dur de la souveraineté : .Nationalité ; libertés publiques ; justice ; défense ; monnaie ; liaisons fondamentales ; matières stratégiques.
+ Fonction publique d'état ; + marchés publics d'état.
2 L'ETAT partage, ou prévoit de transférer, les compétences dans les
matières qui ont une influence sur la vie politique locale sans mettre
en cause l'unité nationale :
.Régime des étrangers ; communication audio visuelle ; enseignement
primaire, secondaire, supérieur ; relations extérieures régionales ;
maintien de l'ordre ; sécurité civile ; droit civil ; droit commercial
;
3 Dans les matières d'intérêt local les plus importantes doivent intervenir des lois du pays, très encadrées.
4 Une certaine souplesse est introduite dans les rapports entre les
collectivités publiques locales. Les ressources des communes et des
provinces sont définies de manière très détaillée.
5 Les provinces continuent d'exercer une compétence générale étendue en
matière " de proximité " (logement, développement économique social et
culturel ; routes, équipements ; action sanitaire et sociale ; ) Elles
gèrent le quotidien de la population. Cela les rapprochent des
citoyens. Elles ont des moyens et des responsabilités réels.
Cela est vrai également pour les communes.
5 Le congrès fait des "lois du pays", qui sont de vraies lois. Il a des
compétences réglementaires étendues et renforcées pour assurer la
cohésion de l'ensemble institutionnel néo-calédonien. Il vote les
impôts et désigne le gouvernement, mais son pouvoir financier, en
dépenses, est très restreint. Très longue liste de compétences.
6 Le gouvernement est l'exécutif qui applique la politique voulue par
le congrès. Il gère les services publics. Sa composition est
collégiale, c'est à dire qu'il n'est pas l'expression d'une majorité.
LE CONGRES
54 membres (15, représentant la Province Nord; 32, la Province Sud; 7, la Province des Îles Loyauté )
C'est l'assemblée délibérante de la Nouvelle Calédonie élue pour 5 ans
par un corps électoral spécial. Chaque année le congrès élit un bureau.
Il tient deux sessions ordinaires par an : 1er au 30 Juin//1er au 30
Novembre. Possibilité de sessions extraordinaires à la demande du
gouvernement, de la majorité des membres ou du haut commissaire.
Le président du congrès nomme aux emplois du congrès et peut ester en
justice ; il est ordonnateur des dépenses du congrès. Le quorum est
fixé à la moitié plus un pour que les séances soient valables. Le
président fixe l'ordre du jour. Le gouvernement a une priorité
d'inscription à l'ordre du jour, de même que le haut commissaire. Les
groupes peuvent disposer de moyens en personnel et matériels.
La Commission Permanente est composée de 7 à 11 membres élus à la
proportionnelle. Elle délibère sur les questions qui lui sont confiées.
Son quorum est de la moitié plus un.
Toutes les matières de la compétence de la Nouvelle Calédonie relèvent
du congrès sauf si elles sont confiées au gouvernement. La procédure de
vote du budget est très précise. Le congrès peut assortir ses
délibérations de peines d'amendes ou d'emprisonnement selon des
modalités très encadrées. Il est consulté sur les traités et projets de
lois ayant des implications en Nouvelle Calédonie.
Il désigne le gouvernement à la proportionnelle. Le gouvernement est
responsable devant lui. Dans les 11 domaines énumérés peuvent
intervenir des lois du pays qui peuvent être déférées au conseil
constitutionnel et sont promulguées par le haut commissaire avec le
contre-seing du président du gouvernement.
Il s'agit là d'une innovation majeure qui nécessitait la modification de la constitution.
LES PROVINCES
Ce sont des collectivités territoriales qui s'administrent librement par des assemblées élues.
Elles sont composées de membres faisant partie du congrès et de membres
n'en faisant pas partie selon la répartition suivante : NORD 22 membres
dont 15 faisant partie du congrès ; SUD 40 dont 32 ; ILES 14 dont 7.
L'Assemblée de Province élit son président parmi ses membres élus au
congrès ; les autres membres du bureau sont élus parmi tous ses
membres. Réunion au moins une fois tous les deux mois sur convocation
du président qui fixe l'ordre du jour. Les membres perçoivent une
indemnité. Le quorum est fixé à la moitié plus un. Les séances sont
publiques. Le haut commissaire ou son représentant assiste et est
entendu quand il le souhaite. L'Assemblée de Province peut être
dissoute par décret en Conseil des Ministres.
Le président de l'Assemblée de Province est l'exécutif de la province
c'est lui qui la représente. Il prépare et exécute les délibérations ;
il est ordonnateur ; il gère le domaine. Il peut déléguer aux vice
présidents. Il est chef de l'administration provinciale ; il nomme aux
emplois créés par la province ; il peut déléguer au Secrétaire Général
ou aux directeurs de services.
L'Assemblée de Province est compétente dans tous les domaines qui ne sont pas réservés au congrès ou aux communes ou à l'état.
Les ressources sont principalement : les dotations de la Nouvelle
Calédonie (fonctionnement et équipement) ; La Dotation Générale de
Fonctionnement et la Dotation Générale d'Equipement de l'état ; les
centimes additionnels.
Le président doit déposer le projet de budget au plus tard le 15 novembre. Une motion de renvoi peut être déposée et adoptée.
LE GOUVERNEMENT
Le gouvernement est l'exécutif de la Nouvelle Calédonie, élu par le
congrès et responsable devant lui. Le nombre de membres est fixé à
l'avance par le congrès entre 5 et 11. L'élection a lieu dans les 21
jours de la première séance du congrès ; le quorum est fixé aux 3/5.
L'élection a lieu au scrutin de liste avec représentation
proportionnelle. Dans les 5 jours qui suivent l'élection les membres
sont convoqués par le haut commissaire et, sous la présidence du doyen
d'âge élisent le président du gouvernement. Des dispositions sont
prévues pour les cas de vacance, décès, démission.
Les séances du gouvernement ne sont pas publiques ; elles sont
présidées par le président du gouvernement. Le Haut Commissaire assiste
et peut intervenir ; il peut demander l'inscription d'une affaire
intéressant l'état à l'ordre du jour ; il peut demander une seconde
délibération.
Le gouvernement prépare et exécute les délibérations du congrès. Ses
décisions sont prises à la majorité. Les arrêtés sont signés du
président et sont immédiatement exécutoires dès publication au Journal
Officiel ou notification. L'article 127 énumère 18 domaines de
compétence. Le gouvernement nomme et révoque les directeurs et chefs de
services de Nouvelle Calédonie et les directeurs d'office ou
d'établissement public. Ces emplois sont à sa décision.
Attributions du président du gouvernement : Il représente la Nouvelle
Calédonie. Il dirige l'administration; est ordonnateur des recettes et
des dépenses ; signe les contrats ; peut déléguer sa signature ; assure
la publication au Journal Officiel.
Le congrès peut l'autoriser à déléguer certaines de ses attributions.
Le fait que le gouvernement soit à représentation proportionnelle
constitue une originalité qui est la cause de bien des difficultés.
LE HAUT COMMISSAIRE ET L'ACTION DE L'ETAT
Nommé par décret en Conseil des Ministres, il a perdu une partie de ses
pouvoirs mais il est toujours un homme de grande influence. Il garde un
pouvoir d'entraînement et de blocage. Il assume les pouvoirs de base de
la république.
Représentant de l'état il en exerce les compétences soit directement
(nationalité, libertés publiques, ordre public, exécution des lois et
décrets etc…) soit par l'intermédiaire des administrations spécialisées
( trésor, justice, défense, etc…) Il dirige les services de l'état et a
la charge des intérêts nationaux.
Sur l'ensemble des institutions il assure le contrôle de légalité, et
participe à la coordination des services publics. Il contrôle les
publications au Journal Officiel de la Nouvelle Calédonie.
.Il assiste aux séances du gouvernement, est entendu quand il le
demande ; peut demander l'inscription à l'ordre du jour de questions
relevant de l'état ; peut demander une seconde délibération.
.Au congrès il est entendu quand il le souhaite ; il suit de près
l'élaboration des lois du pays ; il peut faire inscrire par priorité à
l'ordre du jour les projets de lois ou décrets sur lesquels le congrès
doit émettre un avis.
.A l'assemblée de province son représentant est entendu quand il le
souhaite et peut demander l'inscription d'une question à l'ordre du
jour en priorité.
.Peut demander l'avis des conseils coutumiers ou du sénat coutumier.
.Peut être chargé de missions diverses auprès des pays voisins.
L'institution Nouvelle Calédonie est très originale ; la pratique de
son fonctionnement est très importante, donc le rôle du haut
commissaire est fondamental pour l'équilibre et l'évolution des
institutions.
LES COMMUNES DE NOUVELLE CALEDONIE
Nouméa fut érigée en commune de plein exercice par un décret du 8 mars 1879.
Jusqu'en 1969, les autres "urbanisations européennes" sont instituées
en commissions municipales par application d'un texte de 1870 puis par
un arrêté du 31 janvier 1961.
Ces communes n'acquièrent le plein exercice qu'après l'intervention de la loi du 3 janvier 1969. (Une des lois Billotte)
Depuis la loi du 8 juillet 1977 les communes de Nouvelle Calédonie
fonctionnent pour l'essentiel, selon les dispositions du code des
communes. Elles sont au nombre de 33 au 1/1/99.
Les communes sont administrées par des conseils élus.
Le nombre de conseillers municipaux est variable selon le nombre
d'habitants de la commune. (53 conseillers à Nouméa; 11 à Farino.)
Pour les communes de moins de 3.500 habitants: représentation proportionnelle, sans panachage ni vote préférentiel.
Pour les communes de plus de 3.500 habitants, scrutin majoritaire et
représentation proportionnelle. La moitié des sièges est attibuée à la
liste arrivant en tête; les sièges restants sont attribués de façon
proportionnelle entre les listes ayant obtenu plus de 5% des suffrages
exprimés. De cette façon on est certain d'avoir une majorité large et
stable.
Le mandat est de 6 ans.
Sont éligibles les électeurs inscrits dans la commune. Pas de limite d'age.
Compétences des communes:
Il n'y a pas d'énumération des compétences communales:" Le conseil
municipal règle par ses délibérations les affaires communales". Mais
les compétences communales sont limitées par les compétences des autres
collectivités publiques.
Cela se complique en Nouvelle Calédonie par le fait que la province dispose d'une compétence générale de droit commun.
Quoiqu'il en soit, pour fixer les idées des lecteurs, voici une liste
des domaines d'action municipale. Cette liste n'est pas exhaustive mais
elle est assez complète:
Etat civil (compétence d'état);
Enseignement primaire: construction d'école, transport, équipement, cantine, logement des instituteurs.
Sécurité civile, lutte contre les feux;
Travaux municipaux, foires et marchés; routes; eau, assainissement; dépotoirs; fourrières;
Cimetière; parking; stationnement;
Sport; développement social et culturel; maisons de jeunes;
Gestion du personnel municipal et du domaine municipal;
Aide aux associations et au tourisme communal.
Bureau de bienfaisance et action sociale;
Action économique: lotissement industiel par exemple;
Aide au logement; lotissement sociaux; logements sociaux;
Dans la loi ordinaire de mars 1999, l'application des règles d'urbanisme peut être confiée au maire. (articles 5 et 6)
Les actes des communes sont immédiatement exécutoires.
Le Maire
Le maire et les adjoints sont élus pour 6 ans, au scrutin secret.( Deux
premiers tours majorité absolue; 3è tour majorité relative )
Le maire est représentant de l'état: Etat civil; Officier de police judiciaire;
Il est exécutif communal; chef des services communaux.
Il prépare et exécute les décisions du conseil municipal.
Il peut déléguer une partie de ses fonctions à ses adjoints; et sa signature à ses principaux agents.
Le maire remplit un rôle primordial dans la vie locale. Il est surtout très proche de la population.
LE CORPS ELECTORAL
Ce
sujet est particulièrement délicat aussi, pour bien l’analyser est-il
préférable de se référer aux textes de lois qui ont construit ce schéma
très complexe. Il n’est d’ailleurs pas certain que des rédactions plus
simples aient été possibles à l’origine.
Pour simplifier, l’état actuel des choses, après la révision constitutionnelle de février 2007, est le suivant :
Pour les élections de caractère national : municipales, député,
présidentielle, député européen, le corps électoral est le même qu'en
métropole, c'est à dire qu’il est composé de tous les citoyens français
de 18 ans inscrits sur les listes électorales de Nouvelle Calédonie.
Pour les élections de caractère local, membres des assemblées de
Province ou du congrès, sont électeurs les citoyens français inscrits
sur une liste spéciale. Sont inscrits sur la liste spéciale, ceux qui
étaient présents en Nouvelle Calédonie en 1988 et leurs descendants dès
lors qu’ils ont eu leur domicile en Nouvelle Calédonie sans
interruption depuis cette date.
Sont électeurs pour les consultations pour l'accès éventuel à
l'indépendance, ceux qui étaient présents en Nouvelle Calédonie en 1988
et leurs descendants ainsi que les citoyens français inscrits sur les
listes électorales et ayant 20 ans de résidence.
Les restrictions que l’on constate, au suffrage universel communément
admis dans la République Française depuis 1946, choquent une partie de
la population.
Comme pour tous les autres aspects du statut politique, les règles
appliquées sont le résultat d'un compromis entre les volontés des
"loyalistes" et des "indépendantistes" lors des discussions des Accords
de Matignon puis de Nouméa.
Les indépendantistes estiment que l'immigration des "français
métropolitains" a pour résultat de réduire l'influence politique des
"kanak", ce qui a pour conséquence d'empêcher le choix de
l'indépendance lors d'une consultation démocratique. Cette théorie
n'est pas du tout démontrée, mais elle renferme un fort pouvoir de
conviction. Dans le vote du référendum de 1988, il fut donc décidé que
seuls les citoyens français présents en 1988, et leurs descendants,
pourraient participer à la consultation de 1998 pour décider de
l'éventuelle indépendance.
En 1998, lors des négociations de l’Accord de Nouméa, il semble que des
engagements ont été pris, afin de limiter la participation des
«immigrants récents ». Mais cette «particularité » ne fut pas inscrite
alors dans le texte soumis au référendum ; l’état s’engageant à la
faire ratifier ultérieurement par le Congrès du Parlement. Conformément
à l’avis du Conseil Constitutionnel, le corps électoral spécial pouvait
donc s’augmenter des «immigrants » atteignant 10 années de domicile, ce
corps électoral était qualifié de «glissant ». Le régime de 2007
supprime cette possibilité et le corps électoral est désormais qualifié
de «gelé » car il ne varie qu’en fonction de la démographie issue des
électeurs présents en 1998 et de leurs descendants.
Les discussions sont interminables sur le «pourquoi », et le «comment »
de ces «spécificités », mais, après la révision constitutionnelle de
février 2007, ce débat là ne peut que s’orienter différemment.
D’ailleurs le cas des électeurs domiciliés en Nouvelle Calédonie dont
le séjour de 10 ans a été constaté après 1998 mais avant 2007, ( la
nouvelle loi constitutionnelle ne peut produire ses effets qu’après sa
promulgation et l’ancien texte acceptait le corps électoral glissant)
ne paraissant pas faire de doute, le différentiel qui ne participera
pas aux consultations locales de 2009 et 2014 ( par hypothèse) risque
d’être plutot mince. Cela ne modifiant pas les analyses de principe,
bien entendu.
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