Connaissance de la Nouvelle Caledonie
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Connaissance de la Nouvelle Calédonie


LE TARO

Le taro fait partie de la famille des aracées. Ce sont des monocotylédones à rhizome ou tubercule. On l'appelle aussi "pomme de terre des tropiques" ou "oreilles d'éléphant".


feuille de taro

Les feuilles, fortement nervurées, mesurent jusqu'à 90 cm de longueur et jusqu'à 60 cm de largeur. Les pétioles, généralement très épais, émanent d'un rhizome ou bulbe. Le bulbe, brun foncé, rugueux, pèse de 200grs à 900grs; mais on en trouve qui dépassent 3 kilogs. Parfois on l'appelle "mère". La plante peut dépasser 2 mètres en taille.
Il y a deux variétés comestibles: le taro d'eau, à partir duquel est réalisé le "poi" polynésien. Et le taro de montagne aussi appelé "dasheen".
On trouve également beaucoup de taros d'ornement; un des plus connus est l'arum.

Le taro est indigène dans les régions humides et tropicales du sud-est asiatique, où il est cultivé depuis plus de 6000 ans. Mais les taros de montagne sont largement cultivés en Chine, au Japon, en Amérique latine aussi bien comme ornement que comme plante vivrière. Il est largement consommé en Afrique tropicale et en Mélanésie.

Le taro est commun en Polynésie et dans les Caraïbes. Certaines variétés sont classées nuisibles en Floride.

Le taro se cultive dans un sol légèrement acide, humide, riche en éléments organiques. Il pousse à mi-ombre mais tolère le plein soleil s'il a suffisamment d'eau.

Il se multiplie par bulbe entier ou divisé. Ils se récoltent 6 à 8 mois après la plantation mais, avec un peu de précaution, la plante peut continuer à produire après une première récolte. Il se conserve longtemps après la récolte.


plantation traditionnelle

Ses qualités nutritives sont particulièrement attrayantes.

Le taro est très digeste et sa feuille cuite peut être consommée comme les épinards. Le taro non cuit donne des maux d'estomac et sa feuille produit un lait urticant.

En Nouvelle Calédonie, l'histoire du taro est très remarquable.

Dans le journal de Cook, voici ce qu'en dit ce grand capitaine, à la date du 12 septembre 1774: (extrait de Pisier, SEH, 1974 La découverte de la Nouvelle Calédonie.)

"... autour de (ce village) une bonne surface de terres cultivées, régulièrement disposées et plantées ( ou en train d'être plantées) de taros, d'ignames, de cannes à sucre et de bananes. Les plantations de taro étaient joliment irriguées de petits canaux continuellement alimentés par le canal principal qui coule au pied des montagnes, et d'où ces canaux sinueux sont dirigés avec art. Ils ont deux méthodes pour cultiver ces tubercules. Certains sont plantés dans des parcelles de forme carrée ou oblongue parfaitement horizontales et situées au dessous du niveau de la terre voisine; ils peuvent ainsi laisser au dessus d'elles autant d'eau qu'ils estiment nécessaire. J'ai également observé qu'ils les recouvrent de deux ou trois pouces d'eau. Mais je ne sais pas si c'est toujours nécessaire.

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anciennes tarodières

D'autres sont plantés sur des monticules de deux ou trois pieds de large et hauts de deux pieds et demi. Sur le milieu ou au sommet du monticule est une étroite gouttière dans laquelle et le long de laquelle, comme je l'ai déjà décrit, l'eau est amenée et arrose les tubercules plantés de chaque coté du monticule; et ces plantations sont si judicieusement disposées que le même canal irrigue plusieurs monticules. Ces monticules marquent quelquefois les limites de plantations horizontales; et quand cette méthode est employée pas un pouce de terrain n'est perdu. Il existe peut être quelques différences de qualité entre les tubercules qui peuvent justifier ces deux méthodes de culture. Certains tubercules ont meilleur goût que les autres et ils ne sont pas tous de la même couleur; mais, de toute façon, ils constituent un aliment très sain et les extrémités de ces tubercules font de bons légumes et sont mangés comme tels par les indigènes....."

On admirera au passage le don d'observateur de James Cook.

Ce texte constitue la première observation agronomique concernant la Nouvelle Calédonie !


tarodière moderne

Tous les observateurs qui suivront seront étonnés de la perfection du système d'irrigation pratiqué par les kanak de Nouvelle Calédonie. Il est aujourd'hui presque totalement abandonné mais on peut voir par endroits des vestiges de ces tarodières antiques. Leurs imposantes dimensions, dans certaines zones, sont, d'ailleurs, matière à questionnement sur le nombre d'habitants de la région.

Ce mode de culture irriguée n'est plus que rarement pratiqué et sur de petites surfaces.
Par contre, au Vanuatu, différentes méthodes d'irrigation continuent à être utilisées, sur des îles éloignées ( Banks, Maewo, Pentecôte) pour développer le taro. D'ailleurs, si on a pu dire que, en Nouvelle Calédonie, la vie mélanésienne est bâtie sur une "civilisation" de l'igname, on pourrait dire que, au Vanuatu, la vie mélanésienne est bâtie sur une "civilisation" du taro.

En tout état de cause, le taro continue d'être essentiel dans l'alimentation des populations rurales dans toute la Mélanésie.

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