BAGNE ET DEPORTATION
a). LE BAGNE
La première arrivée de forçats a lieu le 9 mai 1864; 248 condamnés débarquent de l'Iphigénie. En 1869 ils sont 2.600 ; ils sont d'abord installés à l'île Nou puis d'autres camps sont créés à Bourail, Canala, Camp Brun, île des Pins, Prony.
En 1875, ils sont environ 6.000, et 9.997 en 1885. Michel Pierre déclare qu'en 1898, la Nouvelle Calédonie compte 12.732 habitants d'origine pénale, soit la moitié de la population blanche et ¼ de la population totale.
L'administration pénitentiaire est devenu un véritable état dans l'état. Elle possède 31.700 hectares en 1882 et 110.000 hectares en 1895.
Différentes catégories de condamnés coexistent, à coté des " travaux forcés " il y a aussi des relégués multirécidivistes.
Les libérés peuvent se marier avec des femmes condamnées et fonder une famille.
L'administration pénitentiaire fournit aux administrations et aux entreprises des "corvées", qui sont des groupes de travailleurs condamnés, qui ne coûtent que des sommes dérisoires. Cette administration abuse de cette faculté et accorde des privilèges, qui sont dénoncés, mais qui renforcent considérablement ses pouvoirs occultes.
A l'inverse, il y a dans les condamnés des ouvriers et des techniciens de valeur et leur apport est particulièrement attrayant ; l'administration pénitentiaire possède une fonderie, plusieurs briqueteries, tous les corps de métiers, une imprimerie, des fours à chaux, des chantiers navals etc…. etc…
chateau d'eau à l'île des Pins
Leur travail permet de mettre en place les premières infrastructures, bâtiments, routes, port, hôpitaux, et, de ce point de vue, leur présence a été très profitable. Une partie de la population a longtemps gardé une blessure de ces origines. Il semble pourtant que les traces en ont aujourd'hui disparu.
Téremba et Fo Gacheu sont des lieux particulièrement attrayants qui témoignent de cette période. ( Voir ce chapitre ci-après). A Nouville ou à Ducos, de très nombreux bâtiments, soit encore utilisés soit remis en état, soit en ruines permettent de constater les travaux de ces condamnés.
De même, les vestiges sont très nombreux à l'île des Pins et facilement visibles lorsque l'on séjourne dans cette île.
En 1894, le gouverneur Feillet veut organiser l'immigration et estime que " le robinet d'eau sale a assez coulé " ; il demande la fin de la déportation pénale. A partir de 1898 il n'y a plus d'arrivées de condamnés.
21.700 forçats auront été transportés en Nouvelle Calédonie depuis 1864. (L.J.Barbançon)
b). LA DEPORTATION
En France, la défaite de Sedan (1870), a conduit à la proclamation de la république et à la mise en place du gouvernement Thiers. Mais les révolutionnaires, ouvriers et utopistes, profitent du départ du gouvernement à Versailles, pour élire un gouvernement révolutionnaire, la Commune de Paris.(1871)
La commune est écrasée par les " versaillais " et les responsables politiques de la commune sont condamnés et déportés.
A partir de 1872, il en arrive au total 4166, dont près de 3000 sont installés à l'île des Pins. Les autres sont soit à l'île Nou, soit à Ducos.
Les plus célèbres sont Rochefort et Louise Michel. Il y a beaucoup d'intellectuels parmi eux et leur séjour est émaillé d'anecdotes remarquables.
( On consultera avec un grand intérêt un cd-rom produit et vendu par le service des Archives de la Nouvelle Calédonie (réalisation Aster du Caillou), intitulé "La Collection Lucien Scheler sur la Commune de Paris", qui comporte de très nombreux documents d'époque sur cette période. En particulier, les journaux ayant paru à l'île des Pins pendant cette période, et des illustrations de toutes sortes et de toutes origines.)
Dans la même catégorie, on a l'habitude de classer des déportés politiques kabyles, au nombre de 90, et des déportés alsaciens-lorrains (1872-1873).
Les vestiges encore visibles de cette déportation sont rares car la plupart des constructions étaient en bois et les déportés politiques n'étaient pas astreints à un travail forcé. Toutefois on peut visiter le cimetière des déportés de l'île des Pins.
L'amnistie politique est votée en 1880.
Le nombre de déportés qui reste en Nouvelle Calédonie est infîme.
c). LE FORT DE TEREMBA
C’est en 1871, suivant les instructions du gouverneur Gaultier de la Richerie qu’est créé le fort militaire et pénitentiaire de Téremba.
C’est l’îlot qui est au milieu de la baie qui donne son nom à ce fort. Pour répondre aux besoins du moment et à l’absence de routes on construit d’abord un petit port. Petit à petit un véritable village sera constitué où l’on trouve un bureau d’état civil, une bibliothèque, une église, école, bureau de poste, télégraphe. Il faut y ajouter d’une part les locaux nécessaires à la vie pénitentiaire : cellules, cuisines, surveillance et les constructions liées aux besoins militaires : poudrerie, tour de guet, mur d’enceinte.
Ce fort aurait du devenir le point d’ancrage d’une petite ville qui aurait servi de chef lieu à l’arrondissement d’Uaraï rassemblant les communautés de La Foa, Moindou, Sarraméa, Farino, etc.
Le bâtiment principal servait de direction et rassemblait les principales activités administratives ou militaires. On trouvait aussi de nombreux baraquements et logements et des abris pour les matériels et matériaux et pour les ateliers ainsi qu’une boulangerie.
Pour favoriser la réinsertion des condamnés, il était prévu de leur donner une formation agricole. Etant donné la mauvaise qualité des sols à Téremba, une annexe est créée à Fo Gacheu quelques kilomètres plus loin, qui constitue un pénitencier agricole.
Le directeur du centre est un lieutenant qui cumule les fonctions militaires et pénitentiaires. Il y eut jusqu’à un maximum de 300 habitants dans l’ensemble de Téremba/Fo Gacheu. On imagine l’activité de tout ce petit village.
Après la révolte de 1878 le fort militaire est réaménagé et renforcé pour servir de blockhaus et de refuge éventuel.
Le gouverneur Pallu de la Barrière avait souhaité contrecarrer la puissance rétrograde de l’administration pénitentiaire qui utilisait les bagnards pour servir les besoins de ses propres agents ou de certains privilégiés, et il avait mis les condamnés à la construction de routes et d’infrastructures.
Cette politique avait porté ses fruits, mais, la Pénitentiaire avait démoli « Pallu » à Paris. Il n’empêche que les choses changent et Téremba perd un peu de son importance.
En 1885, la garnison militaire quitte ce site. En 1898, Feillet fait arrêter l’envoi de condamnés. La direction de Téremba est transférée sur Fo Gacheu, puis l’ensemble est abandonné en 1908.
Les ruines de Téremba ont été réhabilitées et sont en cours de reconstruction grâce à une association locale, l’association Marguerite. Le bâtiment principal fort bien reconstruit abrite une exposition permanente et les cellules de prisonniers sont illustrées d’un parcours avec projections sonorisées bien au point. La tour de guet et le mur d’enceinte sont terminés. La boulangerie est en cours de reconstruction.
Chaque année un son et lumière, retraçant des scènes de la vie de l’époque, attire un large public enchanté du spectacle.
d). LE PENITENCIER AGRICOLE DE FO GACHEU
Napoléon III voulait que le bagne serve à développer la Nouvelle Calédonie. C’est dans cet esprit que, au-delà du Camp-est, plusieurs centres secondaires avaient été créés dans l’intérieur.
La région de La Foa, Moindou, Fonwhari, Farino, Sarraméa constituait le district de Uaraï, et Téremba en était le centre qui d’ailleurs gérait l’état civil de la région.
Téremba comportait un port qui desservait toute cette zone, en l’absence de routes.
Le pénitencier agricole de Fonwhari devait être installé sur le domaine principal de Téremba ; mais les terres y étaient trop médiocres.
Vers 1871, la Pénitentiaire qui est toute puissante choisit des terres proches de Fonwhari, près du lieu-dit aujourd’hui FO GACHEU, ce qui déplait fortement aux kanak de la région. Elle décide d’y installer le pénitencier agricole. Un établissement du même type fonctionne déjà à Bourail depuis 1867.
Le pénitencier comportait de nombreux bâtiments mais seuls deux ou trois étaient construits en dur, les autres étaient bâtis en torchis.
Lorsque le fort de Teremba perd de son importance, en 1885, les services administratifs de la Pénitentiaire locale seront installés à Fo Gacheu.
Puis le pénitencier agricole est fermé à son tour, en 1893, et dès lors, il est transformé en internat pour les jeunes filles pauvres, en particulier, filles de bagnards. Il est à son tour abandonné vers 1910.
Les bagnards qui avaient eu une conduite irréprochable, pouvaient obtenir une petite concession de terre, ne dépassant pas 4 hectares. Ils recevaient des vivres, du linge et des instruments aratoires afin de se constituer une base de réinsertion.
Plusieurs se sont installés dans la région de Fonwhari, Farino, Tendéa, Sarraméa. D’ailleurs ces installations font partie des griefs des kanak qui ont initié la révolte de 1878.
Les ruines du pénitencier agricole sont encore visibles aujourd’hui. Elles conservent une certaine allure, (voir photo), mais on peut craindre qu’elles ne disparaissent rapidement.
Nous avons entendu, il y a certes quelques années, une personne ou deux parler de leur séjour au pensionnat de Fo Gacheu.
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