Connaissance de la Nouvelle Caledonie
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Connaissance de la Nouvelle Calédonie




LA VIE KANAK



La légende de Capenehe

La légende de Capenehe est l’histoire de deux frères : Hlemu sesë, l’aîné, et Capenehe, le cadet, qui vivent dans les champs avec leur grand-mère. Chaque jour les deux garçons partent au rivage et passent leur temps au bord de mer. Les jeunes hommes sont adulés par les filles de chefs qui habitent les champs voisins. Elles viennent se proposer en mariage aux deux garçons. Les jeunes garçons ne prêtent pas attention aux avances des jeunes filles puisqu’ils sont intéressés par une fille nommée Sonedrë (Brume du vent du nord).

Un jour, ils demandent à leur grand-mère où se trouve Sonedrë. La grand-mère leur dit qu’elle se trouve à Ouvéa et qu’elle est une jeune fille d’une grande beauté. Les garçons décident de la rejoindre. Ils vont jusqu’ à Hnajoissi (pointe Aimé Martin) et quittent Lifou sur une tige de fleur de cocotiers.

Quand les deux frères arrivent sur la plage d’Ouvéa, ils trouvent la grand–mère de la jeune fille. Ils lui donnent un présent, deux bananes, et lui disent qu’ils veulent voir Sonedrë. La grand-mère leur dit qu’il faut être des hommes pour l’avoir. Elle dit que Sonedrë est un rocher qu’on aperçoit dans la mer, et le matin, elle prend forme humaine. Elle leur dit que pour l’avoir, il faut nager le soir jusqu’au rocher et le tenir toute la nuit. Il y aura trois grosses vagues qui passeront sur le rocher et le vent qui représente les mauvais esprits, soufflera très fort.


Les deux garçons nagent le soir jusqu’au rocher. Ils ont emmené de Lifou leur ceinturon, fait de mimij (une liane très solide). Capenehe dit à son frère que pendant l’épreuve, il lui faut tenir son ceinturon pendant qu’il s’accroche au rocher. Quand la force de la nature se déchaîne, les grosses vagues arrivent, suivies d’autres vagues et le vent se met à souffler si fort que les lianes de capenehe se détachent. Il dit à son frère de s’accrocher à ses cheveux. Cette épreuve dure toute la nuit.

Quand le jour s’est levé et que la nature s’est calmée, Capenehe tient une jeune fille d’une beauté extraordinaire. Les jeunes garçons l’emmènent vers la grand-mère sur la plage. Elle leur donne l’autorisation de l’emmener à Lifou. Toutefois, elle les met en garde : « que personne ne lance contre elle une igname cuite ». Le jour où l’un d’eux le fera, Sonedrë disparaitra et reviendra à Ouvéa.
Quand les deux frères arrivent à Lifou avec Sonedrë, Capenehe offre la jeune fille à son frère pour la prendre comme épouse. L'aîné refuse et dit qu’elle lui revient de droit et cela en récompense de son courage. Capenehe insiste et il lui dit que cela est un tribut comme le veut la coutume. Il laisse Sonedrë avec son frère et s’en va. La nouvelle s’est répandue que Sonedrë est à Lifou. Les hommes qui ont appris sa présence dans l’île, viennent l’observer dans les champs. Il y a aussi parmi eux un serviteur du grand chef ; celui ci l’a envoyé chercher Sonedrë pour devenir sa femme. Chacun essaie d’attirer l’attention de Sonedrë à sa manière. Un jour Sonedrë se trouve seule avec son mari dans les champs et elle cuit des ignames. Quelqu’un lui lance des ignames sauvages pour attirer son attention, son mari voit la scène et se met en colère. Il s’approche d’elle pendant qu’elle s’éloigne, il prend l’igname cuite et la lance contre elle. Elle est touchée et commence à s’enfoncer sous terre. Son mari se souvient de la parole de la grand–mère et court pour essayer de l’attraper mais en vain. Sonedrë a disparu, laissant son mari et ses enfants.

***


Aujourd’hui, dans le district les vieux parlent du vent du nord comme le vent d’igname (enyi, vent, ne koko, d’igname). Certains disent que la légende veut qu’à chaque fois que le vent du nord souffle, pendant la période où l’on plante l’igname, cela représente la présence de la jeune femme. Le vent du nord est favorable à la croissance de l’igname puisqu’il provoque l’écoulement des gouttes d’eau des stalactites, dans les grottes. Sonedrë apporte l’eau qui favorise la croissance de l’igname. Elle est une mère nourricière puisqu’elle prend soin de ses enfants.

Une légende exprime souvent une morale. La légende met en valeur l’importance du respect des deux garçons qui donnent un présent à la grand-mère, deux bananes ( il faut se situer dans le contexte, la nourriture est rare, deux bananes représentent un bien précieux), ce geste leur a valu la réussite. Le respect du droit d’aînesse, il peut paraître ridicule de donner une belle jeune femme comme un objet à son frère mais dans le contexte culturel, le cadet donne le meilleur de lui-même à l’aîné. Il fait en quelque sorte un sacrifice par respect pour la position de son grand frère. La légende met en valeur l’importance du respect de la parole et ses conséquences. La grand –mère leur a interdit de lancer une igname cuite contre Sonedrë. Or, l’aîné n’a pas respecté la parole et Sonedrë est partie. Il y a aussi le sens du défi et l’attrait de la beauté féminine ( les deux hommes qui s’en vont pour conquérir une fille que jamais personne n’a pu avoir).Enfin les vieux parlent du rôle d’une mère nourricière, un concept qui rejoint probablement une croyance universelle chez les peuples premiers.


Sio i Galamë

Sio i Galamë est une danse en l’honneur d’un personnage mythique. Galamë est un guerrier imbattable et arrogant. Il est aussi le chef mythique du clan Gala de Wetr, le clan qui a pris le pouvoir dans le district. Au-delà de ses exploits guerriers, Galamë est un homme qui conquiert des femmes et il a toujours eu du succès. L’arrogance d’un homme, à cette époque, fait qu’il ne va pas seulement combattre son ennemi mais il va chercher à conquérir les femmes de son clan. Une femme est toujours un bien précieux et le conquérant va dépouiller son ennemi de ses biens. Après un duel, le vainqueur prend la femme de son ennemi, ou essaie de prendre ses soeurs.

Un jour, Galamë part à la conquête des soeurs de Co, son grand ennemi, mais cette fois il ne réussit pas. La légende raconte « Hna waja lai manong hnene la lue xai co ». Cela signifie : les deux soeurs de Co m’ont talonné la poitrine. Ce qui veut dire que ses avances n’ont pas réussi, les deux soeurs l’ont rejeté.



Le hotr

Cette danse décrit l’ardeur et le dévouement de Capenehe, qui part dans le monde des esprits, reconquérir l’âme de Sonedrë. Capenehe s’en va rechercher Sonedrë, la femme qu’il avait donnée en offrande à son frère et qui avait disparu (voir légende de Capenehe). Sa conquête dans le monde des esprits consiste à la faire revenir mythique sur Lifou, et dont la présence est représentée aujourd’hui par le vent appelé « enyi ne koko ».

Le hotr signifie en drehu « hamën xötriën », ce qui veut dire « donner sans aucune retenue ». L’acte du hotr implique le respect dû à l’aîné dans la tradition de Lifou. Aujourd’hui, cette pratique est profondément enracinée dans la société. Il peut s’agir de l’adoption d’un enfant au sein d’un clan, de l’offrande de la dot, de l’offrande de prémices d’un champ d’ignames et bien d’autres dons relatifs à ce sacrifice. Le hotr est un devoir dans la société, auquel, celui qui le pratique se sacrifie lui-même à respecter son engagement envers l’aîné.

Un autre élément du hotr est le tribut donné par les sujets aux grands-chefs de Lifou. Il s’agit de l’offrande d’ignames d’un champ appelé en Lifou "pein" (espace de terre fertile qui s’étend sur plusieurs hectares). Le champ peut se cultiver tous les sept ans ou tous les quinze ans. L’offrande peut s’accompagner de poissons, uniquement réservés aux chefs.

Si la place de l’aîné est prépondérante dans la société, le cadet a néanmoins une position privilégiée qui incite l’aîné à le respecter.



Le respect du cadet

Le cadet est appelé en drehu « ka co », ce qui signifie, petit, le tout petit ou « neköneqatr », « enfant de la vieillesse ». Mais il y a aussi un autre terme, qui paraît contradictoire et qui décrit le cadet en langue drehu, « qatr ». Cela signifie littéralement « vieux », un terme qui exige inévitablement le respect dans la société et qui est liée à la pensée du respect. Il n’est pas rare de voir un aîné s’incliner devant le tout dernier lors des réunions de clan, de familles disant à son cadet « Je m’incline devant toi, je t’écoute puisque tu es le qatr ».

Une façon intrigante de rappeler le respect du tout petit par les vieux aux enfants est de le faire par le moyen des légendes et des contes. Ils disent qu’il faut respecter le qatr et savoir l’écouter car il détient le pouvoir de la vie.

Il y a deux légendes qui relatent ce fait, la légende de Feke alu(1) et la légende des enfants d’Ai (1) qui racontent l’exploit des tout petits. Les deux légendes sont représentées symboliquement par des empreintes encore tangibles de nos jours sur la route d’Ejegen. Ce chemin mythique est le lieu privilégié des vieux pour indiquer chaque repaire de légendes, transmises oralement et qui constituent l’histoire commune des enfants du Wetr.

(1) Voir le site http//membres.lycos.fr/asterwetr






Coutume et mode de vie

par Fernand JAMMES

J'ai eu la chance d'être reçu officiellement à la grande chefferie de Wetr (Nathalo). Voici la retranscription de ce qui s'est dit et fait au cours de cette journée.


Réception à la grande case de Hnathalo (district de WETR). 22 mai 2001.

Une réception officielle dans la case du grand chef est entourée d’un protocole, décontracté mais précis. Un certain détachement est de mise, mais en même temps, celui qui ne respecte pas le cérémonial, sera mal apprécié.
Chacun occupe une place fixée par le protocole. Les représentants de la tribu, conduits par le porte parole du grand chef, sont assis au fond de la grande case, en face de la porte d’entrée, en arc de cercle. Comme je suis la personnalité accueillie, j’ai droit à la place d’honneur, à gauche de l’entrée.
Les femmes et les personnes de rang modeste, sont assises à droite de l’entrée.
Chacun prononce des paroles de bienvenue, de salutation et de remerciements et on procède à l’échange de cadeaux coutumiers, tabac, argent, sac tressé, tissu. L’échange ne se fait pas directement mais par un intermédiaire. Les cadeaux ne vont pas au personnage principal mais à un autre des membres officiels.

Le porte parole m’explique la symbolique de la grande case, dont le pilier central représente le grand chef et les poteaux circulaires, les clans sur lesquels s’appuie le grand chef pour diriger son district. Dans leur langue, le grand chef s’appelle "Roi des Rois".
Chacun des éléments de la grande case a une signification. Comme l'impose la tradition, il est possible de dire l’essentiel mais certains détails doivent rester secrets et ne seront donc pas divulgués.

La coutume règle les principaux aspects de la vie communautaire, chacun ici considère que la coutume doit évoluer car elle ne peut rester figée.

Les Kanaks estiment qu’ils viennent du sud est asiatique ; ils ont apporté avec eux leur mode de vie et certains de leurs aliments habituels. C’est ainsi que certaines variétés d’ignames s’appellent Papua, Tanna, Nouméa. Des gens se cachent derrière ces tubercules, qui sont liés à leur origine. Leur force symbolique est très grande.

Les premiers habitants, du groupe qui constitue le district de Wetr, sont arrivés dans un lieu appelé Kenyi, en face d’une passe, c’est là que fut établie la plus ancienne chefferie, au bord de mer.
Au bout de quelques temps, les travaux à faire nécessitant des bras supplémentaires, ces gens ont franchi la falaise pour aller conquérir « la force des autres ».
Vers 1830/1835, ce premier groupe s’est sédentarisé, il a alors compris que la paix est nécessaire car c’est « un canal de compréhension ». Il s’est installé à Hnupel, près de Hnathalo, en un lieu qu’ils ont baptisé « tortue cuite au four » (hna hma ja sewen). Ce mets est un plat de chef.
Vers 1840, un temple catholique fut installé près de la plage en un lieu appelé Hnaatixétiwan. Les vestiges en sont visibles près du rivage.
L’état civil autochtone ne fut établi qu’en 1935.
Les officiels me souhaitent un bon séjour et je les remercie de leur accueil.

Pour la symbolique de la case, cliquer ici


Ensuite avait lieu au centre d'accueil de Easo, une conférence sur différents aspects de la coutume.

Le mariage coutumier

C’est le pasteur Nginie Pasa Léon qui conduit l’exposé. Il fait partie du clan Gala ; il est le dernier d’une famille et déclare que c’est important d’être le dernier d’une famille. Il est pasteur de l’église évangélique. Subsidiairement on rappelera que c’est dans le district de Wetr qu’il y a le plus de catholiques alors que Lifou est principalement protestant.
Il y a une douzaine de membres officiels du district qui sont présents. Ils sont toujours attentifs à ce qui se dit. Parfois l’un intervient pour ajouter une précision ou modifier un nom ou donner son interprétation d’une coutume. Quelques femmes sont présentes, mais leur rôle est très modeste ; elles ne prennent jamais la parole officiellement. Elles parlent en "a parte" pour faciliter l’organisation de l’entretien ou du séjour.
Les autres personnalités présentes, qui vont intervenir à titre principal, sont Saumé Paulo et Geihaze Obao. On se rend compte que ces trois « conférenciers » ont une personnalité riche et subtile, qu’ils ont une grande expérience des affaires, dans le milieu, et qu’ils réfléchissent à l’évolution de leur ethnie, qu’ils veulent infléchir. Il m’a semblé que ce rôle n’est pas destiné à conforter leur propre sort mais à garantir l’amélioration du mieux être de leur communauté.
Je participe pleinement à la conférence en posant des questions, en faisant des rapprochements avec les comportements européens et en recherchant par exemple des explications à une règle ou une évolution.
Je constate que le vocabulaire est recherché, précis, et que manifestement l’exposé a été structuré et travaillé. Je me trouve devant une forme de communication élaborée. Cela ne doit pas étonner, car une civilisation orale a forcément l’expérience de cette forme d’expression.

1°) Pour comprendre tous les aspects du mariage coutumier il faut replacer cet évènement dans le cycle de la vie du mélanésien.

Dans l’enfance il y a deux âges : le nouveau né d’abord, puis l’enfant (garçon ou fille) ; jusqu’à onze ans il vit dans sa famille biologique, il reçoit les contes, les histoires, récits et légendes ; de plus on lui inculque les bases de la morale.
De 12 à 14 ans, l’adolescent quitte les parents et les femmes ; il doit garder les poils de barbe ; il apprend les règles de la tradition. Ce sera l’oncle utérin qui prendra en charge cette formation. Les filles se rapprochent de leur mère et apprennent les activités féminines. La tante paternelle participe à cette formation.
Les grands parents aussi participent à l’apprentissage des traditions.
Au delà de 14 ans : il faut une décision du clan pour décider du moment de ce passage, on procède à la cérémonie du rasage.
Pour une fille, elle est invitée à prendre la purge et il y a une annonce publique pour faire connaître qu’elle est prête au mariage.
Le garçon accède à un état nouveau.(Nyikeine) Il est prêt au mariage il peut pratiquer l’acte sexuel. C’est la fin de la période mineure ; il pourra éventuellement habiter un nouveau logement et exercer des responsabilités autonomes.
A partir de ce moment là on pourrait conclure un accord de mariage entre deux familles.

2°) Comment se pratique le mariage coutumier aujourd’hui ?

Le célibat n’existe pas ; le mariage est, par essence, une alliance entre deux clans ou deux familles. Ce n’est pas une cérémonie qui consacre l’amour entre deux personnes ; c’est une alliance entre deux clans. Cela n ‘empêche pas l’amour d’exister et de se développer évidemment. Mais la coutume contemporaine a été influencée par le christianisme.
Lorsque un accord est intervenu entre deux familles le déroulement des cérémonies coutumières peut commencer.
La première cérémonie est le bougnat au rat. Les deux familles partagent ce plat traditionnel qui a une forte signification. (Saitraji)
Puis la famille et des amis du jeune homme vont de maison en maison (ihujë) pour demander la main de la jeune femme.
Cette quête est très longue parce que le lien est éternel. Le divorce n’existe pas.
Exceptionnellement avant la célébration du mariage il se peut que les promesses soient rompues ; dans ce cas celui qui prend cette initiative doit donner « le prix du oui » ( junehmala). Aujourd’hui c’est très cher. Ensuite a lieu (ikötresaï) la visite prénuptiale chez le médecin et la visite officielle chez le gendarme. Les deux « promis » y vont ensemble et c’est la première fois qu’ils se voient. Désormais on est sûr que le mariage sera fait.

Un européen ne peut pas ne pas se poser la question :
Est ce que les deux jeunes n’ont pas leur mot à dire ?
Cela dépend des familles, et de plus en plus leur avis est sollicité, mais ce n’est pas obligatoire. Le garçon est soumis à (eapua), c’est à dire qu’il va travailler comme célibataire pour « acheter son mariage ». Il est donc chargé de «remplir la valise ou la malle » ; c’est à dire de préparer le trousseau et la dot, qui seront présentés dans une cérémonie officielle.
De même les amis du jeune homme vont l’aider à « préparer les abris » de son couple. Selon les districts cela s’appelle : kuciuma, ou nyiuma ou buet .
On prépare aussi la cérémonie de l’igname qui est une offrande très significative.
Le clan du garçon apporte sa contribution qui se nomme : « Jian ne huliwa » qu’on peut traduire par « soutien logistique de la préparation ». De même les autres parents apportent une contribution, notamment les oncles et les tantes, cela s’appelle : ixötrë.
On approche de plus en plus du mariage. La veille de celui ci (waipua) tout le monde doit être là. « La valise » est répartie en trois : une partie pour le couple, une pour la famille de l’homme et une pour la famille de la femme. Cette coutume de « la valise » s’est perpétuée pour imiter FAO, le premier pasteur rarotongien (iles Cook) qui, lorsqu’il s’est marié, a apporté une malle avec des présents.
Si le marié est l’ainé d’une famille, il a droit à une part spéciale, de même que l’oncle utérin.
La veille du mariage il y a beaucoup de gestes coutumiers entre les deux familles. Avec l’évolution des mœurs, souvent les jeunes se sont connus avant et ont, pratiquement, décidé eux mêmes le mariage, si bien que les familles ne se connaissent pas. Alors cette rencontre de la veille de la cérémonie revêt un aspect fondamental.

3°) évolution récente du mariage coutumier.

On se rend compte que toutes ces formalités et ces obligations de dons coutent très cher. Ce qui fait dire que la vraie coutume est perdue de vue. Dans le district on ne veut pas de célibataires tardifs. On ne veut pas de célibat, car cela introduit des distorsions dans la vie de la communauté.
Or, les aspects économiques modernes, le chomage, rendent difficile la constituion de la « valise ». Certains ne peuvent pas se marier faute de travail et d’autres s’endettent pour réaliser la préparation du mariage. C’est le contraire de ce que souhaite la coutume.
Il y a opposition entre mariage coutumier et mariage financier.
Dans le district de Wetr, nombreux sont ceux qui souhaitent que l'apport en argent des beaux frères soit plafonné par exemple à 200.000 frs cfp (env. 11.000 ff ou 1676 € ). Une telle décision redonnerait un élan à la célébration du mariage coutumier.

Dans toute l’analyse qui vient d’être présentée on a remarqué que la coutume n’est pas une institution figée et qu’elle évolue.

***


L’AUTORITE COUTUMIERE

La terre est communautaire. Il n’y a pas de propriété au sens européen.
Le don coutumier n’est pas quantitatif, il est qualitatif et subjectif.
Les premiers occupants arrivant à Lifou ( Drehu ) ont beaucoup fait la guerre pour établir leur territoire. Ils se sont rendu compte que cela ne pouvait pas durer, alors ils ont décidé d’organiser un concours et le gagnant du concours serait le chef. Le concours a consisté à faire un cerceau avec des lianes et celui qui lancerait le cerceau le plus loin gagnerait le concours.
Celui qui a gagné, « le grand chef », a été désigné « garant suprême du territoire du Wetr ». Il a instauré sa hiérarchie et son organisation administrative. C’est lui qui règle les litiges en fonction de la consultation de l’ensemble des petits chefs. Donc la décision est toujours consensuelle.
Lorsque un « sujet » (petit frère) vient demander quelque chose au grand chef (grand frère), celui ci ne dit jamais non. Il fera connaître sa décision quelques jours plus tard. Les européens sont souvent surpris de l’attitude des canaques qui ne savent pas dire non ; alors l’européen croit avoir eu un accord, car il n’a pas eu de refus. Mais, l’opinion définitive du canaque ne sera faite que quelques jours plus tard, lorsqu’il aura consulté son entourage. Bien des quiproquos sont nés de cette incompréhension.

L’arrivée des religions européennes a fait évoluer la société kanak. A Lifou, les deux religions sont relativement équilibrées. De plus, les îles n’ayant pas de richesses minières, les kanak ont pu garder leurs terres. Il n’en demeure pas moins que la vie du kanak moyen est difficile car il est placé entre les trois autorités : coutumière, religieuse, et politico-administrative.
On pense souvent que le kanak manque d’ambition. Cette analyse est erronée de son point de vue. Il est porteur d’une ambition collective et non d’une ambition individuelle.
Les règles de la coutume ne sont pas aussi rétrogrades que certains le disent. Ainsi un européen marié à une kanak vient de construire sa maison dans le Wetr. Un terrain lui a été attribué, mais il doit se comporter en respectant le mode de vie coutumier, évidemment.
De même, un individu peut refuser de donner une partie de ses biens ou de ses gains à des gens du même clan, qui viendraient le lui réclamer dans le cadre de la coutume ; mais le kanak a de la difficulté à dire non, là aussi.


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Ainsi s'est terminée cette partie officielle. Ensuite je suis allé visiter des points remarqables, écouter des légendes, voir un musée, assister à la construction d'une case.



Conçu et réalisé par Fernand Jammes, BP 160 Nouméa 98845
e-mail : asterducaillou@lagoon.nc

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